Premier retrait dans l’UE : la Lettonie rompt avec l’accord européen contre les violences
La Lettonie s’apprête à devenir le premier pays membre de l’Union européenne à se retirer de la Convention d’Istanbul, texte du Conseil de l’Europe visant à prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes et les violences domestiques. Ce retrait a été approuvé jeudi par une majorité de députés au Saeima, le Parlement letton, après une procédure accélérée.
Ratifiée seulement en novembre 2024, la convention impose aux États signataires de renforcer leur arsenal législatif et leurs politiques publiques de protection des victimes. Mais une partie de la classe politique lettone, notamment issue de la droite conservatrice, estime que le texte promouvoirait la notion de « genre » et remettrait en cause les valeurs dites traditionnelles du pays.
Le vote a recueilli 56 voix favorables contre 32, avec deux abstentions. Plusieurs partis de l’opposition conservatrice ont soutenu le retrait, de même que des députés issus de la coalition gouvernementale. La décision doit désormais être confirmée par le président Edgars Rinkevics, qui a rappelé que son choix se fonderait sur des arguments juridiques plutôt que politiques.
Ce retrait intervient dans un contexte de fortes tensions sociétales. À Riga, des milliers de personnes ont manifesté ces dernières semaines pour défendre le maintien de la convention, accusant le Parlement de céder à des considérations électoralistes à l’approche des législatives de 2026. Plusieurs ONG locales et internationales estiment que ce retour en arrière pourrait fragiliser les dispositifs de protection des femmes victimes de violences.
De leur côté, les partisans du retrait affirment que la législation nationale suffit déjà à lutter contre les violences domestiques. Une position critiquée par diverses organisations, rappelant que l’adoption de la Convention d’Istanbul avait justement permis d'accélérer l’adoption de lois précédemment bloquées.
La décision lettone est observée de près à l’échelle européenne. La présidence de l’OSCE et plusieurs gouvernements européens, dont ceux de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, ont exprimé leur préoccupation face à un signal considéré comme contraire aux engagements communs de protection des droits fondamentaux.
Ce retrait pose ainsi une question centrale : la Lettonie ouvre-t-elle une brèche dans le consensus européen sur la lutte contre les violences faites aux femmes, ou assiste-t-on simplement à une exception nationale portée par des considérations politiques internes ?