Huile d’olive : une abondance qui se heurte à la pénurie de bras
La campagne oléicole 2025-2026 s’annonce comme l’une des meilleures de ces dernières années au Maroc, avec une production dépassant 2 millions de tonnes, soit une hausse de 111 % par rapport à la saison précédente. Cette abondance a entraîné une baisse des prix, le litre d’huile d’olive chutant à près de 70 dirhams, contre parfois 120 dirhams auparavant. Cependant, derrière ces chiffres positifs se cache une réalité préoccupante : la pénurie de main-d’œuvre.
Dans plusieurs régions oléicoles, la récolte peine à suivre le rythme. À Taounate, agriculteurs et agricultrices tirent la sonnette d’alarme. « On a les olives, mais pas les bras », résume un producteur local. Les tarifs des travailleurs journaliers ont explosé, passant de 100-150 dirhams par jour à 250-300 dirhams, parfois plus, avec l’obligation de les loger et nourrir pendant la saison. Malgré ces conditions, la disponibilité des ouvriers reste incertaine. Certains refusent de travailler par temps froid ou pendant des matchs de football importants, comme la Coupe arabe ou la CAN 2025.
Les conditions de travail, elles, restent éprouvantes. Les ouvriers évoquent des blessures aux mains, des engourdissements et la difficulté de travailler plusieurs jours d’affilée sous la pluie ou le froid. Cette situation crée un cercle vicieux où ni agriculteurs ni ouvriers ne sortent gagnants, malgré la prospérité apparente de la filière.
Pour Rachid Benali, président de l’Interprofession marocaine de l’olive (Interprolive), cette pénurie dépasse la seule culture de l’olivier. « On ressent la même situation dans les agrumes, les fruits rouges et l’ensemble de l’agriculture », explique-t-il. La combinaison d’une récolte abondante, d’une saison raccourcie par les pluies et d’une main-d’œuvre devenue rare après plusieurs années de sécheresse explique cette crise. Parallèlement, les grands chantiers nationaux offrent des salaires plus attractifs, rendant le recrutement agricole encore plus difficile.
Le coût de la récolte grève directement la rentabilité. Avec un kilo d’olives vendu entre 4 et 6 dirhams et un coût de main-d’œuvre compris entre 1,5 et 2 dirhams par kilo, certaines exploitations voient jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires absorbé par la récolte. Dans certains cas, la pratique de la récolte « à moitié » s’est généralisée : l’ouvrier ne ramasse qu’une partie de la production, laissant le reste au producteur.
Face à cette situation, Interprolive discute avec l’ANAPEC et le ministère de l’Emploi pour trouver des solutions durables. Rachid Benali prévient : « Nous allons ressembler aux pays européens : sans ouvriers ou avec une main-d’œuvre très coûteuse. Ce qui était un avantage compétitif pour l’agriculture marocaine ne l’est plus. »
La campagne oléicole 2025-2026 illustre ainsi un paradoxe : le Maroc produit plus que jamais, mais peine à récolter sa propre richesse, avec des conséquences potentielles sur l’offre et les prix à moyen terme.
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