Amal El Fallah Seghrouchni : « L’IA, levier de souveraineté et d’inclusion pour le Maroc »
L’Université Mohammed VI Polytechnique a accueilli, mardi, la première édition des Assises nationales de l’intelligence artificielle. Une rencontre d’envergure qui a marqué un tournant décisif dans la réflexion stratégique autour de l’IA au Maroc. À la tribune, Amal El Fallah Seghrouchni, Ministre de la Transition Numérique et de la Réforme Administrative, a livré un discours à la fois lucide, ambitieux et ancré dans les réalités marocaines.
Dès les premiers mots, le ton est donné. Pour la ministre, l’intelligence artificielle n’est plus un simple objet de fascination technologique, mais une réalité concrète qui traverse tous les secteurs : « Elle est déjà présente dans nos hôpitaux, nos écoles, nos administrations. Ce n’est plus un choix, mais une nécessité de la maîtriser », a-t-elle martelé devant un public composé d’experts, d’acteurs institutionnels et d’entrepreneurs.
Un nouveau cap pour le Maroc numérique
Trois ans après le lancement du plan "Maroc numérique 2030", l’heure est à la redéfinition des priorités. L’IA n’est plus seulement un outil, mais un paradigme. « Nous devons passer d’une approche de digitalisation classique à une logique d’intelligence artificielle native », a affirmé la ministre, insistant sur l’urgence d’une transformation en profondeur des services publics, pensée dès le départ avec une dimension algorithmique.
Cette orientation suppose une rupture avec les anciens schémas de gestion. Plus question de stratégies sectorielles cloisonnées : l’IA doit devenir un fil conducteur transversal, irriguant des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, l’agriculture ou encore le tourisme. Une approche globale qui impose à l’administration marocaine de revoir ses méthodes et de se projeter dans une gouvernance data-centrée.
Une vigilance éthique indispensable
Pour autant, Amal El Fallah Seghrouchni n’idéalise pas cette avancée technologique. Elle en reconnaît les risques, notamment ceux liés à l’exclusion numérique. « L’IA peut amplifier les inégalités si elle n’est pas encadrée », avertit-elle, soulignant que l’accessibilité aux services doit être pensée pour chaque citoyen, y compris dans les zones les plus enclavées du Royaume.
C’est dans ce sens qu’elle a présenté les quatre chantiers prioritaires de son ministère, à commencer par le déploiement d’interfaces intelligentes accessibles même dans les douars isolés, afin de garantir l’égalité d’accès à l’administration numérique. En parallèle, un soutien actif à l’écosystème des startups marocaines s’impose : « Nos jeunes innovateurs développent des solutions adaptées à nos besoins. Il est de notre devoir de les accompagner », a-t-elle souligné.
Vers une législation nationale de l’IA
Autre annonce majeure : un projet de loi sur l’intelligence artificielle et la numérisation est en cours d’élaboration. Un texte que la ministre veut « participatif et souverain », élaboré en collaboration avec les organes de protection des données comme la CNDP (Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel) et les services de sécurité numérique. Cette législation entend poser des garde-fous face aux dérives de l’automatisation : transparence des algorithmes, droit à l’explication, et respect de la vie privée seront au cœur des dispositions futures.
« Il n’est pas question que des machines prennent des décisions sans contrôle humain. L’IA doit rester un outil au service de l’homme, jamais l’inverse », a-t-elle insisté.
Un Maroc tourné vers 2030 et au-delà
La ministre a également évoqué un horizon plus symbolique : la Coupe du monde 2030, que le Maroc co-organisera. À ses yeux, cet événement international est une opportunité unique de démontrer le savoir-faire technologique marocain. Des stades connectés, une logistique intelligente, des outils de traduction automatisée… autant de chantiers où l’IA pourra jouer un rôle central.
Au-delà du rayonnement national, le Maroc entend aussi assumer un rôle moteur sur le continent africain. Le Royaume participe activement à la conception d’une stratégie africaine commune en matière d’intelligence artificielle au sein de l’Union africaine, et contribue aux travaux de l’UNESCO sur l’éthique des algorithmes.
L’humain au cœur de la transition numérique
En guise de conclusion, Amal El Fallah Seghrouchni a recentré le débat sur la finalité de cette transition. « Notre réussite ne se mesurera pas à la puissance de nos systèmes informatiques, mais à la confiance retrouvée entre les citoyens et leurs institutions », a-t-elle déclaré. Pour la ministre, l’innovation technologique n’a de valeur que si elle améliore concrètement la vie des Marocains.
Ce message humaniste, à contre-courant de certaines approches centrées uniquement sur la performance, esquisse les contours d’un modèle marocain de gouvernance numérique. Un modèle qui conjugue ambition technologique, inclusion sociale et souveraineté nationale.
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