États-Unis – Venezuela : Trump et Delcy Rodriguez lancent un dialogue aux enjeux multiples
Un échange que beaucoup jugeaient encore improbable il y a quelques semaines. Donald Trump et la présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, ont confirmé mercredi avoir eu une longue conversation téléphonique, la première rendue publique depuis la capture de Nicolas Maduro, le 3 janvier. Des deux côtés, le ton se veut résolument nouveau, presque fondateur. Mme Rodriguez parle d’une « nouvelle ère ». Le président américain évoque, lui, un partenariat prometteur.
Selon les déclarations diffusées à Washington, les discussions ont porté sur un large spectre de dossiers, allant du pétrole aux minerais, en passant par le commerce et les questions de sécurité. Donald Trump a affirmé que les États-Unis « travaillaient très bien » avec la nouvelle dirigeante, qu’il a publiquement saluée, laissant entrevoir une volonté d’influer rapidement sur la trajectoire politique et économique du pays sud-américain.
Un signal politique fort après la chute de Maduro
Cet appel intervient dans un contexte de recomposition accélérée du pouvoir à Caracas. Ancienne vice-présidente sous Nicolas Maduro, Delcy Rodriguez se retrouve aujourd’hui au centre d’un dispositif de transition encore fragile, mais déjà scruté de près par les chancelleries occidentales. Dans sa communication, la présidente par intérim a insisté sur un échange « long, productif et courtois », évoquant un agenda bilatéral axé sur les intérêts des deux peuples et la résolution de dossiers restés en suspens.
À Caracas, cette séquence diplomatique a été mise en scène avec soin. Mme Rodriguez est apparue devant la presse au palais présidentiel aux côtés de son frère Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, et du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello. Une image de continuité institutionnelle, mais aussi un message politique clair : le nouveau pouvoir entend dialoguer, sans renier son identité.
Geste d’ouverture et équation des prisonniers politiques
Parallèlement à ce rapprochement, la question des prisonniers politiques s’impose comme l’un des marqueurs les plus sensibles du moment. Les autorités vénézuéliennes affirment avoir libéré plus de 400 personnes depuis décembre. Des chiffres immédiatement nuancés par plusieurs ONG, qui évoquent un rythme bien plus limité et parlent de libérations progressives, ciblées, souvent éloignées des caméras.
Des figures de l’opposition, dont le journaliste Roland Carreño, ont retrouvé la liberté ces derniers jours. D’anciens détenus sont relâchés dans des lieux discrets, parfois à distance des centres pénitentiaires, une méthode qui alimente autant l’espoir que la méfiance au sein des familles et des organisations de défense des droits humains.
Pour de nombreux observateurs, ces libérations s’inscrivent dans un jeu de concessions destiné à crédibiliser le dialogue avec Washington. Les États-Unis ont d’ailleurs salué ce qu’ils considèrent comme des « signaux positifs », tout en restant prudents sur leur portée réelle.
Diplomatie, symboles et bataille de perception
Dans ce climat mouvant, chaque geste est scruté. L’annonce de la visite prochaine à Washington de l’opposante Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix, ajoute une dimension symbolique forte à la séquence. Elle souligne aussi l’ambiguïté d’une transition où anciens cadres du pouvoir, figures de l’opposition et partenaires internationaux tentent de redessiner des lignes de dialogue.
Autre indicateur d’assouplissement, l’accès au réseau social X, bloqué pendant plus d’un an, a été partiellement rétabli au Venezuela. Un détail technique en apparence, mais un signal politique dans un pays où l’information est longtemps restée étroitement contrôlée.
Entre promesses de coopération, gestes d’apaisement et prudence des acteurs de terrain, le Venezuela s’engage dans une phase délicate. L’appel entre Donald Trump et Delcy Rodriguez ne règle rien, mais il trace un cadre. Celui d’une tentative de normalisation, où diplomatie, économie et droits humains s’entremêlent dans un équilibre encore incertain.
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