Bangladesh : mobilisation féminine à Dacca avant les élections législatives
Dans la nuit de dimanche à lundi, la capitale du Bangladesh a été le théâtre d’une mobilisation symbolique et déterminée. Une centaine de femmes ont défilé dans les rues de Dacca pour réclamer la fin des violences dont elles sont victimes et exiger une représentation équitable au sein des futures institutions politiques du pays. Cette marche intervient à quelques jours d’un scrutin législatif crucial prévu le 12 février, le premier depuis les bouleversements politiques de 2024.
Flambeaux à la main, les manifestantes ont parcouru plusieurs artères de la ville pendant des heures, scandant des slogans et entonnant des chants revendicatifs. Le cortège s’est notamment arrêté devant le Parlement, lieu hautement symbolique du pouvoir politique, pour rappeler l’urgence d’une meilleure inclusion des femmes dans la vie publique.
« Quel que soit le régime en place, la répression qui vise les femmes perdure sous de multiples formes », a déclaré l’avocate Ahsan Chowdhury, l’une des participantes. À 31 ans, elle dénonce un système politique largement dominé par les hommes. « Dans certains espaces de décision, il n’y a aucune femme, uniquement des hommes », a-t-elle regretté.
Cette mobilisation a été organisée à l’initiative de plusieurs organisations non gouvernementales et associations féministes, parmi lesquelles Shekol Vangar Podojatra, dont le nom signifie « Marcher pour briser les chaînes ». Sa porte-parole, Prapti Taposhi, a vivement critiqué la persistance de discours conservateurs au sein de la société bangladaise. « Des réunions organisées par des responsables religieux ou des partis politiques continuent de propager des messages misogynes », a-t-elle affirmé, déplorant l’absence de mesures concrètes pour améliorer la condition des femmes depuis le changement de pouvoir.
Le Bangladesh s’apprête à organiser jeudi des élections législatives déterminantes. Ce scrutin est le premier depuis la chute, en août 2024, de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, renversée à l’issue de plusieurs semaines de contestation populaire réprimée violemment. Depuis lors, le pays est dirigé par un gouvernement provisoire placé sous l’autorité du prix Nobel de la paix Muhammad Yunus.
Malgré cette transition politique présentée comme historique, de nombreuses voix s’inquiètent du recul de la place des femmes dans le débat public. Sabhanaz Rashid Diya, directrice du centre de réflexion Tech Global Institute, estime que les espoirs nés du soulèvement de 2024 risquent d’être trahis. « Les citoyens voulaient bâtir un pays fondé sur la justice et l’égalité, mais les femmes sont peu à peu effacées de la sphère publique », a-t-elle déclaré.
La question de la représentation féminine reste en effet un défi majeur au Bangladesh. Si le pays a été dirigé pendant des décennies par deux femmes, Khaleda Zia et Sheikh Hasina, cette présence au sommet de l’État n’a pas suffi à garantir une participation significative des femmes aux instances politiques. Pour les législatives à venir, seule une très faible proportion des candidats investis par les partis sont des femmes, illustrant le déséquilibre persistant.
Les manifestantes de Dacca entendent ainsi rappeler que la transition démocratique ne peut être complète sans une réelle prise en compte des droits des femmes. À leurs yeux, l’égalité politique et la lutte contre les violences sexistes doivent figurer parmi les priorités du futur gouvernement.
À l’approche du scrutin, leur message résonne comme un avertissement adressé à la classe politique bangladaise : la reconstruction du pays ne pourra se faire sans la moitié de sa population.
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