Casablanca : le port en crise et les coûts logistiques qui explosent
Le port de Casablanca, principal hub commercial du Maroc, fait face à une congestion qui atteint aujourd’hui un niveau alarmant. Depuis plusieurs semaines, de nombreux navires patientent en rade, dans l’attente de pouvoir charger ou décharger leurs marchandises. Si les conditions météorologiques récentes ont contribué à ralentir les opérations, elles ne suffisent pas à expliquer l’ampleur de l’engorgement.
Pour Rachid Tahri, président de l’Association des freight forwarders du Maroc (AFFM) et secrétaire général de la Fédération du Transport et de la Logistique - CGEM, la situation est devenue quasi structurelle. « Depuis décembre, la congestion ne fait que s’aggraver, avec des coûts multipliés par cinq par rapport aux périodes de surcharge habituelles », alerte-t-il. Les frais liés aux surestaries, au magasinage et à la manutention flambent, tandis que certaines compagnies maritimes imposent désormais des taxes spécifiques au port de Casablanca, pouvant atteindre 200 dollars ou euros par conteneur.
Le risque pour l’économie nationale est réel. Si les encombrements persistent, certains armateurs pourraient éviter le port, augmentant les coûts pour importateurs et exportateurs et pénalisant la compétitivité du Royaume. Tahri insiste sur l’urgence d’une concertation entre l’Agence nationale des ports (ANP), le ministère de l’Équipement et les armateurs, pour introduire plus de flexibilité dans la facturation et alléger la pression financière sur les entreprises. À défaut, les surcoûts se répercuteront sur le consommateur et représenteront des sorties de devises importantes pour le pays.
Face à cette congestion, les armateurs ont réagi rapidement. Maersk, par exemple, a instauré une « Congestion Fee » de 150 dollars par conteneur à compter du 1er février 2026, un montant nettement supérieur aux frais antérieurs, compris entre 20 et 40 dollars. Avec près de 100.000 EVP traités mensuellement au port de Casablanca, cette mesure pourrait générer des millions de dollars de coûts supplémentaires pour l’économie nationale. Les surestaries des navires, qui s’élèvent à environ 10.000 dollars par jour pour chaque navire en attente, ajoutent encore au poids financier de la congestion.
Le lundi 16 janvier, le port a enregistré jusqu’à 110 navires en rade, dont une cinquantaine à Casablanca. Les retards engendrent des coûts logistiques imprévus et une perte de compétitivité pour les importateurs et exportateurs. Parmi les causes pointées du doigt : l’absence de certains opérateurs de manutention lors du troisième shift, notamment les dimanches et les jours entourant les jours fériés, ainsi que des retards dans les contrôles sanitaires et phytosanitaires.
Selon les professionnels, la solution ne peut se limiter à la gestion de l’urgence. Une réforme profonde de l’organisation et de la gouvernance portuaire est nécessaire, associée à une meilleure visibilité économique des surcoûts. L’intégration de tous les coûts liés à la congestion dans l’Observatoire de la compétitivité des ports est jugée indispensable pour évaluer l’impact réel de cette situation et enclencher des réformes durables.
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