Compléments alimentaires : un marché de 3 milliards en attente de réforme
Le marché marocain des compléments alimentaires s'impose progressivement comme un secteur stratégique dépassant largement le cadre de la santé. Son développement soulève désormais des enjeux liés à l'industrie, à la compétitivité économique, à l'emploi et à la souveraineté nationale. Plusieurs acteurs du secteur estiment que le cadre réglementaire actuel limite son potentiel de croissance et freine les investissements.
Une étude réalisée par Badr Bouarich, directeur général des Laboratoires H2O Cambogia, en collaboration avec les signataires d'une pétition dénonçant les pratiques jugées anticoncurrentielles dans le secteur, met en lumière les perspectives économiques de cette filière. Selon ce document, le marché national des compléments alimentaires représenterait près de 3 milliards de dirhams, dont environ la moitié est commercialisée par les pharmacies.
L'autre moitié du marché est répartie entre les parapharmacies, les magasins spécialisés et les plateformes de commerce électronique. L'étude estime ainsi à près de 5.000 le nombre d'opérateurs non pharmaceutiques présents sur le territoire, un tissu économique considéré comme encore insuffisamment exploité.
Un potentiel important en matière d'emplois
Les auteurs du rapport estiment que chaque entreprise spécialisée emploie en moyenne huit personnes, ce qui représenterait près de 40.000 emplois directs. En tenant compte des activités connexes telles que la logistique, le transport, le marketing, les laboratoires, les services numériques et la maintenance, le potentiel total pourrait atteindre 120.000 emplois, dont environ 80.000 emplois indirects.
Cette approche met en évidence le rôle des compléments alimentaires comme véritable filière économique, capable de générer de nombreuses opportunités professionnelles bien au-delà de la fabrication des produits.
La concurrence, un levier pour maîtriser les prix
L'étude souligne également l'importance de maintenir plusieurs circuits de distribution afin de favoriser une concurrence bénéfique aux consommateurs.
À titre de comparaison, l'exemple du Portugal est cité pour illustrer l'impact positif de la coexistence entre pharmacies et distributeurs spécialisés. Selon les données reprises dans le rapport, certains produits y sont proposés jusqu'à 20 % moins chers par les distributeurs alternatifs, tandis que cette concurrence contribuerait également à faire baisser les prix pratiqués en pharmacie.
Les auteurs estiment qu'une réduction de la diversité des canaux de distribution pourrait entraîner une hausse des prix et limiter le choix offert aux consommateurs marocains.
Des contraintes réglementaires qui freinent l'industrie
Le rapport identifie plusieurs obstacles au développement du secteur. Parmi eux figurent les limitations imposées sur le dosage de certains compléments alimentaires, qui réserveraient certaines catégories de produits au seul circuit pharmaceutique.
Selon les auteurs, cette situation ralentit l'innovation, réduit la diversité des produits disponibles et complique l'alignement des fabricants marocains sur les standards internationaux. Elle favoriserait également le recours à des achats auprès de fournisseurs étrangers ou de circuits informels lorsque les produits recherchés ne sont pas disponibles sur le marché national.
Le commerce électronique apparaît, de son côté, comme un moteur important de croissance. Les ventes en ligne permettent de toucher des consommateurs situés en dehors des grands centres urbains tout en renforçant la concurrence entre les marques et l'accès à l'information.
Des exportations encore limitées
Malgré les progrès réalisés par l'industrie marocaine dans d'autres secteurs, les exportations de compléments alimentaires restent très modestes.
L'étude estime que cette situation résulte davantage d'un environnement réglementaire jugé complexe que d'un manque de savoir-faire industriel. Une meilleure harmonisation avec les normes internationales pourrait, selon les auteurs, ouvrir de nouvelles perspectives sur les marchés étrangers.
Des procédures administratives jugées trop longues
Le document met également en avant la durée des procédures d'autorisation des nouveaux produits. Au Maroc, l'enregistrement d'un complément alimentaire nécessiterait entre 12 et 15 mois, pour un coût compris entre 15.000 et 20.000 dirhams par référence.
À l'inverse, plusieurs pays européens appliquent un système déclaratif permettant une commercialisation beaucoup plus rapide. Les auteurs considèrent que cet écart réduit la capacité des entreprises marocaines à suivre le rythme de l'innovation internationale.
Vers une modernisation du cadre réglementaire
Sans remettre en question les exigences liées à la sécurité sanitaire, les auteurs plaident pour une évolution de la réglementation. Ils recommandent notamment de rapprocher progressivement les normes marocaines des références scientifiques internationales, de simplifier les procédures administratives, de préserver la pluralité des circuits de distribution et de renforcer les contrôles ciblés contre les opérateurs ne respectant pas la réglementation.
Selon cette analyse, une réforme équilibrée permettrait de soutenir l'innovation, de renforcer la compétitivité des entreprises marocaines, de favoriser la création d'emplois et de développer les exportations, tout en garantissant un niveau élevé de protection des consommateurs.
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