Créances en souffrance : les banques marocaines face au défi du recouvrement judiciaire
Plus de 100 milliards de dirhams de créances en souffrance placent le recouvrement bancaire au cœur des enjeux du système financier marocain. Alors que les banques continuent d’afficher des résultats bénéficiaires, les difficultés rencontrées dans les procédures judiciaires soulèvent des questions sur la qualité des portefeuilles de crédit et sur la capacité des établissements à financer durablement l’économie.
Un rapport conjoint du ministère de la Justice et de Bank Al-Maghrib, évoqué le vendredi 30 octobre 2026, met en lumière les obstacles auxquels se heurtent les établissements de crédit pour récupérer les sommes qui leur sont dues. Au-delà des montants concernés, les délais de traitement des contentieux et les difficultés d’exécution des décisions judiciaires constituent un enjeu pour l’équilibre du financement bancaire.
Le recouvrement, un enjeu pour la solidité bancaire
L’accumulation des créances en souffrance représente une contrainte pour les banques. Ces dernières doivent notamment constituer des provisions pour couvrir les risques de non-remboursement, ce qui mobilise des ressources financières et peut réduire leur capacité à accorder de nouveaux crédits.
Cette situation s’inscrit dans un contexte où les établissements bancaires jouent un rôle central dans le financement des entreprises et des ménages. Les difficultés de remboursement peuvent résulter de tensions de trésorerie, de défaillances d’entreprises ou de la dégradation de la situation financière des emprunteurs.
Pour autant, le montant total des créances en souffrance ne correspond pas nécessairement à des pertes définitives. Certaines dettes peuvent être récupérées grâce à des remboursements différés, à des restructurations ou à des procédures judiciaires. La difficulté réside notamment dans le temps nécessaire pour aboutir à un règlement et dans les coûts associés aux démarches de recouvrement.
Les lenteurs judiciaires au centre des préoccupations
La durée des procédures et les obstacles à l’exécution des décisions de justice compliquent la récupération des créances bancaires. Pour les établissements financiers, la prévisibilité des décisions et l’efficacité de leur mise en œuvre sont essentielles à l’évaluation du risque de crédit.
Une amélioration du dispositif de recouvrement pourrait contribuer à réduire les délais de récupération des sommes dues et à renforcer la sécurité juridique des opérations de financement.
Plusieurs leviers peuvent être envisagés dans cette perspective, notamment une meilleure coordination entre les juridictions et les établissements financiers, l’accélération du traitement des dossiers, le développement des mécanismes de règlement amiable et une utilisation accrue des outils numériques dans la gestion des procédures.
Les entreprises exposées aux conditions de crédit
Les conséquences des difficultés de recouvrement ne concernent pas uniquement les banques. Lorsque le risque de non-remboursement augmente, les établissements peuvent renforcer leurs exigences en matière de garanties, revoir leurs critères d’octroi ou ajuster leurs conditions de financement.
Ces évolutions peuvent peser sur les entreprises, en particulier les très petites et moyennes structures, dont les ressources financières sont souvent plus limitées et qui dépendent davantage du crédit bancaire pour financer leur activité.
L’efficacité du recouvrement constitue ainsi un enjeu qui dépasse le cadre judiciaire. Elle intervient dans la relation entre les banques et leurs clients, mais aussi dans la capacité des entreprises à accéder aux ressources nécessaires à leur développement.
Des bénéfices bancaires en hausse malgré les risques
Les difficultés liées aux créances en souffrance contrastent avec les performances financières affichées par le secteur. Au premier semestre 2026, les sept établissements bancaires cotés à la Bourse de Casablanca ont enregistré un bénéfice cumulé de 13,35 milliards de dirhams, en progression de 6,7 % sur un an.
Cette performance témoigne de la capacité du secteur à dégager des résultats bénéficiaires. Elle ne suffit toutefois pas à écarter les risques liés à la qualité des actifs, qui demeure un élément important de l’évaluation de la solidité bancaire.
L’enjeu consiste donc à distinguer la rentabilité des établissements de leur exposition aux créances dégradées. Les deux dimensions sont liées, mais elles ne se confondent pas : des résultats positifs ne font pas disparaître les difficultés de récupération des sommes dues.
Un équilibre à préserver entre sécurité et financement de l’économie
Pour le système bancaire marocain, l’amélioration du recouvrement représente un levier potentiel de renforcement de la sécurité du crédit et de fluidification du financement de l’économie. La réduction des délais de traitement des contentieux pourrait permettre une meilleure récupération des créances et limiter l’immobilisation prolongée des ressources.
La priorité consiste néanmoins à concilier plusieurs objectifs : préserver la stabilité des banques, améliorer le traitement des créances en souffrance et maintenir des conditions de financement adaptées aux besoins des entreprises et des ménages.
À plus long terme, l’efficacité des procédures de recouvrement participe à la confiance entre prêteurs et emprunteurs. Elle constitue également un enjeu pour le climat des affaires, dans la mesure où la capacité à faire respecter les engagements financiers contribue à la sécurité des transactions et à la prévisibilité des relations économiques.
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