France : le Sénat approuve la réintroduction encadrée de deux pesticides interdits
Le Sénat français a adopté une disposition ouvrant la voie à la réintroduction encadrée de deux pesticides interdits sur le territoire national, mais toujours autorisés dans plusieurs pays de l’Union européenne. Ce vote, intervenu dans la nuit de lundi à mardi, ravive un débat sensible entre impératifs de compétitivité agricole et protection de l’environnement, alors que le texte doit encore franchir plusieurs étapes parlementaires.
Portée par la majorité de droite et les groupes centristes, la mesure a été approuvée par 183 voix contre 129. Elle s’inscrit dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole, malgré les réserves exprimées par le gouvernement, qui redoute que cette disposition ne fragilise l’adoption définitive de l’ensemble du texte.
Le vote réintroduit une disposition inspirée de la loi Duplomb, dont certaines mesures avaient été partiellement censurées en 2025 par le Conseil constitutionnel. Le dispositif prévoit la possibilité d’autoriser, à titre dérogatoire et sous conditions strictes, l’utilisation de deux substances phytosanitaires : l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, et le flupyradifurone.
Selon les défenseurs de cette mesure, ces produits pourraient apporter une réponse aux difficultés rencontrées par certaines filières agricoles, notamment les producteurs de betteraves sucrières et de noisettes, confrontés à des ravageurs contre lesquels les alternatives disponibles sont jugées insuffisantes.
À l’inverse, les partis de gauche ainsi que plusieurs organisations de protection de l’environnement dénoncent un recul des politiques de préservation de la biodiversité. Ils rappellent que les néonicotinoïdes sont régulièrement pointés du doigt pour leurs effets néfastes sur les insectes pollinisateurs, les oiseaux et, potentiellement, sur la santé humaine.
Le Conseil constitutionnel avait d’ailleurs estimé que la réintroduction de ces substances n’était pas conforme aux principes inscrits dans la Charte de l’environnement, soulignant les risques qu’elles présentent pour les écosystèmes et les populations.
Le dossier devrait désormais occuper une place centrale lors des travaux de la commission mixte paritaire prévue à la mi-juillet. Députés et sénateurs devront tenter d’aboutir à une version commune du projet de loi, alors que la question des pesticides s’annonce comme l’un des principaux points de désaccord.
Au-delà du débat technique, cette séquence illustre les tensions persistantes entre les exigences de performance économique du secteur agricole et les objectifs de transition écologique, dans un contexte où la réglementation européenne continue d’alimenter les discussions sur l’équilibre entre production et protection de l’environnement.
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