Huile d’olive : la production marocaine devrait doubler en 2025-2026
Après deux campagnes fortement pénalisées par la sécheresse, la filière oléicole marocaine retrouve des niveaux de production nettement plus élevés. Pour la campagne 2025-2026, la récolte d’olives est estimée à près de 2 millions de tonnes, soit une progression de 111% sur un an. Ce rebond replace l’olivier au centre des enjeux agricoles et agro-industriels du Royaume, dans un contexte où la disponibilité de l’eau et l’adaptation au changement climatique deviennent déterminantes.
Un redressement spectaculaire après deux campagnes difficiles
La remontée de la production intervient après une période de forte volatilité. La récolte était passée de 1,968 million de tonnes en 2021-2022 à 1,086 million de tonnes en 2022-2023, avant de reculer encore à environ 1,072 million de tonnes en 2023-2024.
Le retour à un volume proche de 2 millions de tonnes pour 2025-2026 marque donc un changement important pour la filière. Cette reprise intervient alors que l’olivier conserve une place majeure dans le paysage agricole marocain.
Le verger oléicole dépasse 1,1 million d’hectares, dont plus de 900.000 hectares considérés comme productifs. Les données avancées par l’Interprofession évoquent de leur côté environ 1,2 million d’hectares plantés, avec une part de près de 37,5% en surfaces irriguées.
La filière fait vivre quelque 480.000 producteurs et représente plus de 65% des superficies consacrées aux cultures arboricoles.
La Picholine marocaine reste largement dominante
Le patrimoine variétal demeure fortement marqué par la Picholine marocaine, qui représente plus de 90% des plantations. D’autres variétés sont également présentes, parmi lesquelles Haouzia, Menara, Dahbia, Mesllala, Arbequina, Arbosana, Picual et Frantoio.
La production est concentrée dans plusieurs grands bassins oléicoles. Fès-Meknès arrive en tête, suivie de Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’Oriental et Béni Mellal-Khénifra.
À elles seules, ces cinq régions représentaient près de 89% de la production lors de la campagne 2022-2023, confirmant le poids de ces territoires dans l’organisation nationale de la filière.
La destination des récoltes reflète par ailleurs la diversité des débouchés. Environ 67% des olives sont orientées vers la trituration, contre 23% pour la conserverie. Le reste correspond aux pertes et à l’autoconsommation.
L’huile d’olive retrouve elle aussi des perspectives
Le redressement attendu de la récolte devrait mécaniquement soutenir la production d’huile d’olive. Celle-ci avait atteint 200.000 tonnes en 2021-2022, avant de tomber à 107.000 tonnes en 2022-2023 puis à environ 106.000 tonnes en 2023-2024.
Pour 2025-2026, le ministère de l’Agriculture table à nouveau sur une production proche de 200.000 tonnes, ce qui représenterait une progression d’environ 105%.
Mais l’enjeu ne se limite pas aux volumes. La qualité constitue un autre facteur déterminant pour la compétitivité de la filière. Selon les données de l’Interprofession, l’huile extra vierge représente généralement entre 10% et 15% de la production, tandis que l’huile vierge pèse entre 25% et 35%. L’huile courante représente 20% à 25% et l’huile lampante entre 25% et 40%.
Cette répartition souligne le potentiel encore disponible en matière d’amélioration de la qualité et de valorisation de la production.
Un appareil industriel déjà conséquent
Le Maroc dispose d’une infrastructure importante pour transformer sa production oléicole. Le pays compte environ 948 unités modernes et semi-modernes de trituration, représentant une capacité cumulée proche de 1,8 million de tonnes d’olives par an.
À cet appareil industriel s’ajoutent près de 11.000 maâsras traditionnelles, qui continuent de participer à la transformation de la production.
La capacité de trituration est particulièrement concentrée à Fès-Meknès, qui en représente environ 62%, tandis que Marrakech-Safi en concentre près de 16%.
Le potentiel industriel ne se limite toutefois pas à l’huile. La filière des olives de table constitue un autre débouché majeur, avec une production industrielle généralement comprise entre 130.000 et 150.000 tonnes, à laquelle peuvent s’ajouter 150.000 à 200.000 tonnes provenant du secteur traditionnel.
Les unités modernes consacrées aux olives de table disposent d’une capacité d’environ 203.000 tonnes par an. Une part importante de cette production est destinée aux marchés extérieurs : entre 70% et 75% des olives de table industrielles sont exportées.
L’huile reste principalement consommée au Maroc
Le profil commercial de l’huile d’olive diffère de celui des olives de table. La consommation intérieure absorbe environ 84% à 85% de la production d’huile d’olive, ce qui confère au marché national un poids déterminant.
Sur la période 2018-2022, les exportations de produits oléicoles atteignaient en moyenne 117.200 tonnes par an. Les olives de table représentaient 87,3% de ces volumes, contre 12,6% pour l’huile d’olive. La valeur moyenne des exportations était proche de 1,92 milliard de dirhams.
En 2024, les exportations d’huile d’olive vierge ont atteint environ 8.593 tonnes, pour une valeur avoisinant 79,7 millions de dollars.
Ces chiffres illustrent un paradoxe de la filière : le Maroc dispose d’un important potentiel agricole et industriel, mais la valorisation internationale de l’huile demeure encore limitée par rapport à celle des olives de table.
Un contrat-programme ambitieux à l’horizon 2030
Le contrat-programme 2021-2030 fixe plusieurs objectifs destinés à accroître la taille et la performance du secteur.
Il prévoit notamment de porter le verger oléicole à 1,4 million d’hectares et la production à 3,5 millions de tonnes d’olives. Les ambitions portent également sur les olives de table industrielles, avec un objectif de 270.000 tonnes, ainsi que sur les exportations d’huile d’olive et d’huile de grignons, qui doivent atteindre 100.000 tonnes.
La mise en œuvre de cette trajectoire représente environ 16,9 milliards de dirhams d’investissements, dont 8,3 milliards de contribution publique.
L'enjeu sera désormais de rapprocher ces objectifs de la réalité climatique et des contraintes qui pèsent sur les ressources hydriques.
Produire plus, mais surtout produire mieux
Le rebond de 2025-2026 ne doit pas masquer les fragilités structurelles auxquelles la filière reste confrontée. Les épisodes de sécheresse ont montré la vulnérabilité d’une activité fortement dépendante des conditions climatiques.
L’amélioration des rendements, la maîtrise de la consommation d’eau et la modernisation des exploitations apparaissent ainsi comme des priorités. La montée en gamme de l’huile, le développement du conditionnement et la commercialisation sous marques marocaines constituent également des leviers pour accroître la valeur captée par la filière.
Le potentiel existe aussi en aval. Les grignons, les noyaux, les résidus organiques et la biomasse issus de l’activité oléicole peuvent être valorisés dans plusieurs domaines, notamment l’énergie, les fertilisants et les cosmétiques.
Pour la filière marocaine, la prochaine étape ne consiste donc plus uniquement à augmenter les volumes de récolte. Elle consiste à construire un modèle capable de produire davantage avec moins de ressources, d'améliorer la qualité et de transformer une matière première abondante en produits à plus forte valeur ajoutée.
Avec son vaste verger, son tissu de producteurs, ses capacités de transformation et son expérience sur les marchés internationaux, le Maroc dispose déjà de plusieurs des fondamentaux nécessaires. Le défi des prochaines années sera de convertir ce potentiel oléicole en une industrie agroalimentaire plus compétitive, plus résiliente et davantage tournée vers la valorisation des marques marocaines.
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