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"La tradition est la transmission du feu, non la vénération des cendres"
La culture est par essence vivante, sans cesse enrichie par l'énergie créatrice des générations successives. Elle n’est jamais figée, jamais pleinement achevée. Chaque époque la revisite, l’étire, parfois la bouscule — mais toujours dans cet élan d’expression du génie humain. Aujourd’hui encore, elle se nourrit de l’innovation, du regard neuf de la jeunesse et des outils technologiques qu’elle apprivoise.
Dans cette dynamique, la culture marocaine contemporaine se décline dans des expériences novatrices et immersives qui répondent aux attentes de générations en quête de sens et d'interactivité. Cette effervescence créative est stratégique : elle renforce la marque Maroc et projette une image forte du pays, notamment à l’approche d’échéances internationales comme le Mondial 2030. Bien utilisées, les technologies émergentes deviennent alors des vecteurs de rayonnement durable, transformant ces rendez-vous en tremplins pour diffuser notre identité culturelle.
La mémoire en mouvement
« La tradition est la transmission du feu, non la vénération des cendres. » Cette pensée puissante d’Octavio Paz (1914–1998), lauréat du prix Nobel de littérature, rappelle que notre lien au patrimoine ne peut être passif. Il ne s’agit pas de figer, mais de raviver. Fidélité ne rime pas avec immobilisme, mais avec vitalité. À l’heure où l’innovation technologique redéfinit les usages, cette vision s’impose : valoriser notre patrimoine via les outils numériques n’est pas qu’un acte de mémoire — c’est l’occasion unique de transmettre un héritage enrichi, vivant, et pleinement réinvesti par notre temps.
La technologie, nouvel alphabet de la créativité
Les grandes mutations culturelles ont toujours été liées aux bouleversements technologiques. L’imprimerie a élargi l’accès au savoir, le cinéma a transformé nos récits, la radio et la télévision ont unifié l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle marque une nouvelle étape dans cette longue alliance entre création et technique. Non pour remplacer l’humain, mais pour amplifier sa capacité à produire du sens, inventer de nouveaux récits, et étendre les formes de la culture. L’IA n’est pas rupture, mais grammaire nouvelle — à explorer, à maîtriser.
« La culture à l'heure de l’intelligence artificielle ne perd pas son âme, elle découvre de nouvelles formes d’expression », rappelle Luc Julia (né en 1966), co-créateur de Siri. Cette vision invite à dépasser les craintes pour explorer un champ immense de possibilités : expériences interactives, narrations augmentées, œuvres collaboratives ou immersives. L’IA ne remplace ni la main de l’artisan, ni l’imaginaire de l’artiste — elle en prolonge l’élan.
Le Maroc, une scène créative en mutation
Le Maroc s’inscrit dans une dynamique féconde d’innovation culturelle. Portée par une jeunesse audacieuse et des politiques publiques volontaristes, cette dynamique explore de nouveaux territoires d’expression : cinéma augmenté, expositions interactives, jeux vidéo narratifs ancrés dans nos histoires, ou encore projets de digitalisation immersive du patrimoine.
Ces chantiers ne sont pas de simples explorations technologiques. Ils traduisent l’émergence d’un modèle marocain de culture vivante — enracinée dans son identité, ouverte aux formes inédites, accessible, et génératrice de valeur économique, sociale et éducative. C’est un écosystème créatif qui prend forme, capable de nourrir l’imaginaire collectif tout en créant de réelles opportunités professionnelles.
À l’international, des pays comme le Japon, la Corée du Sud ou le Canada montrent comment les technologies peuvent revitaliser les identités culturelles tout en renforçant leur rayonnement. Le Maroc a toute légitimité à y inscrire sa singularité.
Une chance… à transformer en puissance d'influence
Cette dynamique ne prendra toute sa portée que si elle s’inscrit dans une vision claire et ambitieuse. Le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, lors de son passage à la commission parlementaire sur l’IA, l’a souligné avec force : les industries culturelles, augmentées par les technologies, peuvent devenir un pilier stratégique du développement national.
Au-delà de leur poids économique, ces cultures augmentées offrent un levier puissant pour rayonner autrement. Elles permettent de défendre nos causes avec finesse, d’ancrer notre voix dans les débats globaux, et de faire vivre le soft power marocain. Celui-ci ne se proclame pas — il se construit par des récits forts, enracinés, réinventés. Dans un monde où l’influence se joue dans la capacité à raconter, coder, et diffuser son identité, nous disposons d’un levier à activer pleinement.
Lucidité, responsabilité et clairvoyance
Face à ces défis, il est essentiel de conjuguer l’authenticité de notre héritage avec la puissance des technologies émergentes. Cette transformation repose sur un socle discret mais décisif : la donnée. Sans elle, l’intelligence artificielle reste aveugle. Il nous revient donc de définir, avec mesure et ambition, les contours d’une stratégie de numérisation capable d’honorer notre mémoire sans la figer. Voir cela avec justesse, c’est faire preuve de cette lucidité qui distingue les nations qui devancent de celles qui suivent.
Mais voir ne suffit pas. Il faut agir. Si nous n’investissons pas résolument dans cette mémoire active, si nous laissons d’autres s’emparer de notre récit pour le réécrire à leur manière, nous aurons abdiqué bien plus qu’un patrimoine : nous aurons renoncé à un droit fondamental — celui de transmettre. Préserver, actualiser, réinventer… tel est le contrat moral que nous devons assumer à l’égard des générations futures. Une exigence profonde, à la hauteur de notre responsabilité collective.
Enfin, il ne s’agit plus seulement de sauvegarde ou de mise en valeur. Il s’agit de vision. Anticiper les usages, les mutations, les récits de demain ; inscrire notre culture dans les nouvelles grammaires de création ; façonner, dès aujourd’hui, ce que d’autres seraient tentés de faire à notre place : voilà le véritable enjeu. Car ce n’est pas le patrimoine qui disparaît — c’est notre capacité à en être les auteurs. Et c’est là qu’intervient la plus précieuse des vertus culturelles et politiques : la clairvoyance.
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