Maroc : L'enquête sur le cartel des aliments pour bétail s'accélère
Le marché des aliments pour bétail, pilier de la souveraineté alimentaire nationale, est au cœur d'une tempête judiciaire. Sous la supervision du parquet général, une opération d'envergure menée par la police judiciaire et le Conseil de la concurrence a visé plusieurs fleurons de l'industrie. L'enjeu : démanteler des soupçons de cartel et d'ententes tarifaires qui pourraient expliquer, en partie, l'envolée du prix des produits avicoles sur les étals.
Une offensive technologique contre l'opacité
L'enquête a pris un tournant spectaculaire avec des perquisitions ciblées au sein des sièges sociaux des leaders du marché. Au-delà des documents comptables classiques, les enquêteurs ont procédé à des saisies massives de serveurs et de matériel informatique. Cette approche « tech » vise à extraire des preuves de mécanismes de concertation occulte, qui auraient permis aux opérateurs de s'aligner artificiellement sur des prix de gros élevés, au détriment du libre jeu de la concurrence.
Cette intervention musclée répond à une grogne sociale croissante face à l'inflation persistante de la volaille, dont les déterminants économiques semblaient jusqu'alors déconnectés de la réalité du marché mondial des intrants.
L'oligopole sous haute surveillance
La configuration même de la filière facilite, selon les autorités, ces comportements déviants. Avec huit entreprises contrôlant les trois quarts du secteur, et deux mastodontes captant à eux seuls 50 % des parts de marché, la nutrition animale au Maroc présente une structure oligopolistique prononcée. Cette forte concentration réduit la transparence et permettrait une coordination des prix plus aisée entre les acteurs dominants.
Sentant l'étau se resserrer, certains industriels auraient déjà entamé des procédures de « clémence » ou de règlement transactionnel. Ce dispositif légal permet aux entreprises de reconnaître leurs torts en échange d'un allègement des sanctions financières, à condition de prendre des engagements fermes pour restaurer une saine compétitivité.
Des subventions publiques en question
Le dossier est d'autant plus sensible que l'État n'a pas lésiné sur les moyens pour soutenir la filière. En 2023, une enveloppe de 1,1 milliard de dirhams a été mobilisée pour subventionner la production de 800 000 tonnes d'aliments. L'objectif était de protéger le pouvoir d'achat des ménages en stabilisant les coûts de production. L'existence d'une entente illicite signifierait que cette manne publique aurait été partiellement détournée de sa mission sociale au profit de marges industrielles indues.
L'issue de cette enquête sera un test majeur pour la régulation économique au Royaume. Elle devra déterminer si les mécanismes de contrôle actuels sont suffisants pour protéger les consommateurs face à des structures de marché aussi concentrées.
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