Nigeria : un tribunal de Kano ordonne le mariage forcé de deux TikTokeurs jugés « indécents »
Un tribunal islamique de Kano, capitale du nord du Nigeria, a ordonné à la police religieuse de la ville de célébrer le mariage de deux influenceurs TikTok dans un délai de soixante jours. En cause : une vidéo jugée « indécente » les montrant s’embrassant et s’enlaçant, considérée comme contraire aux valeurs morales locales.
Selon le porte-parole judiciaire de l’État de Kano, Baba-Jibo Ibrahim, le juge a estimé que le couple, « tellement amoureux qu’il affiche sa romance en ligne », devait être marié sous la supervision de la Hisbah, la police islamique chargée de faire respecter la charia.
Une décision inédite fondée sur la charia
Les deux protagonistes, Idris Mai Wushirya et Basira Yar Guda, connue pour son nanisme et sa forte présence sur les réseaux sociaux, avaient publié plusieurs vidéos de leur relation. Ces contenus ont suscité la colère des autorités religieuses de Kano, État à majorité musulmane où la charia coexiste avec le droit commun.
Idris Mai Wushirya, déjà visé par des sanctions antérieures pour des vidéos jugées provocantes, a été arrêté et placé en détention provisoire. Son arrestation a précédé la décision du tribunal, qui a ensuite ordonné la célébration du mariage sous 60 jours.
Un responsable de la Hisbah, Abba Sufi, a confirmé avoir reçu l’ordre judiciaire et entamé les préparatifs du mariage. « Nous organiserons la cérémonie dès que possible », a-t-il précisé, assurant que « les deux parties ont donné leur consentement ».
Les réseaux sociaux, nouvelle cible de la censure religieuse
Cette affaire illustre la tension croissante entre liberté numérique et normes religieuses dans le nord du Nigeria. La Hisbah, créée en 2001, multiplie les interventions contre des artistes, créateurs de contenu et influenceurs jugés « immoraux ».
En 2022, les autorités locales ont élargi le mandat du bureau de la censure, initialement chargé de superviser l’industrie cinématographique locale Kannywood — qui produit plus de 200 films par mois en haoussa —, pour inclure désormais les plateformes numériques comme TikTok et Instagram.
Depuis, plusieurs créateurs ont été interpellés pour des vidéos de danse, des sketches comiques ou des contenus perçus comme contraires aux préceptes islamiques.
Entre charia et libertés individuelles
Kano est l’un des douze États nigérians où la charia est appliquée parallèlement au droit fédéral. Si cette coexistence est censée respecter la Constitution, elle donne lieu à des décisions qui suscitent la controverse, notamment lorsqu’elles touchent à la vie privée ou à la liberté d’expression.
L’affaire des deux TikTokeurs souligne une évolution préoccupante : la judiciarisation des comportements numériques au nom de la morale religieuse. Dans une région où les réseaux sociaux offrent souvent aux jeunes un rare espace d’expression, la frontière entre foi, droit et liberté devient de plus en plus étroite.
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