Pharmacies au Maroc : les syndicats rejettent l’ouverture du capital des officines
Le projet d’ouverture du capital des pharmacies au Maroc suscite une vive controverse au sein du secteur. Recommandée par le Conseil de la concurrence, cette mesure est fermement rejetée par les syndicats de pharmaciens, qui y voient une menace pour l’équilibre du réseau officinal et pour la mission sanitaire de proximité assurée par les professionnels.
Une mobilisation croissante des pharmaciens
La Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc a récemment intensifié son opposition en adressant une note officielle au Conseil de la concurrence. Cette démarche s’inscrit dans un climat de tension croissante, marqué notamment par une mobilisation nationale organisée le 9 avril devant l’institution.
Les représentants de la profession dénoncent une réforme jugée inadaptée aux réalités du terrain. Selon eux, l’ouverture du capital aux investisseurs privés pourrait transformer en profondeur la nature de l’activité officinale, en faisant primer les logiques de rentabilité sur les impératifs de santé publique.
Le risque d’une transformation du modèle officinal
Les syndicats redoutent une évolution vers un modèle dominé par des chaînes commerciales, au détriment des pharmacies indépendantes. Une telle dynamique pourrait entraîner une concentration du marché et fragiliser le maillage territorial actuel, composé d’environ 14 000 officines réparties sur l’ensemble du pays.
Ils alertent également sur les conséquences sociales d’une telle transformation, évoquant la possible disparition de milliers de pharmacies et la mise en péril de plus de 40 000 emplois. Pour eux, le pharmacien risque de perdre son rôle central d’acteur de santé de proximité au profit de structures guidées par des intérêts financiers.
Des dysfonctionnements déjà existants
Au-delà de la question du capital, les syndicats pointent des failles structurelles dans le secteur. Ils estiment qu’une part importante des médicaments — près de 30 % — continuerait d’échapper au circuit légal des pharmacies, ce qui fragilise les officines et impacte les recettes fiscales.
Dans ce contexte, ils jugent que les priorités devraient porter sur une meilleure régulation du marché, plutôt que sur une transformation du modèle de propriété. Ils plaident notamment pour un encadrement plus strict de la distribution et pour une adaptation du nombre de diplômés en pharmacie aux besoins réels.
Une vision divergente des réformes
Les organisations professionnelles défendent une modernisation centrée sur l’évolution des missions des pharmaciens, notamment en matière de prévention, de suivi des patients et d’intégration dans le système de santé. Elles rappellent également l’importance de mettre en œuvre les réformes prévues dans l’accord du 15 avril 2023.
De son côté, le Conseil de la concurrence adopte une approche progressive. L’institution estime qu’une ouverture encadrée du capital pourrait favoriser l’investissement, soutenir les officines en difficulté et accompagner l’adaptation du secteur aux mutations économiques.
Un débat structurant pour l’avenir du secteur
Au-delà du désaccord technique, cette controverse révèle une opposition de fond sur l’avenir du modèle pharmaceutique au Maroc. Les syndicats défendent un système fondé sur la proximité, la continuité du service et la primauté de l’intérêt général, tandis que l’autorité de régulation plaide pour une évolution économique maîtrisée.
Ce débat, encore loin d’être tranché, pourrait redéfinir durablement l’organisation du secteur et la place du pharmacien dans le système de santé marocain.
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