Reconstitution du cheptel national : les éleveurs réclament une nouvelle approche
La reconstitution du cheptel national demeure un enjeu majeur pour le secteur agricole marocain. Malgré les mesures engagées depuis octobre 2025, des éleveurs et des experts estiment que la crise n’est pas encore résolue. Ils appellent le nouveau gouvernement à poursuivre les aides, à renforcer les capacités de reproduction des troupeaux et à privilégier les investissements favorisant durablement la production de viande.
Miser sur la reproduction plutôt que sur la consommation
Pour les professionnels du secteur, la relance de l’élevage passe avant tout par le renforcement du potentiel reproductif du cheptel. Parmi les pistes proposées figure le soutien à l’importation de femelles issues de races à viande étrangères adaptées aux conditions locales. L’objectif serait de développer la production nationale plutôt que de répondre uniquement aux besoins immédiats de consommation.
Alaa Cherif El Asri, éleveur de moutons dans le bassin du Loukkos, estime que les dispositifs de soutien doivent être maintenus jusqu’au rétablissement des capacités de production et à l’atteinte de l’autosuffisance en viande. Il plaide pour la continuité des aides directes aux agriculteurs et aux petits éleveurs, tout en proposant l’introduction de primes liées aux résultats obtenus.
Ces primes pourraient notamment dépendre du nombre d’agneaux ayant atteint le sevrage par rapport au nombre de brebis recensées. Leur calcul devrait toutefois prendre en considération les différences entre les conditions d’élevage, afin de tenir compte des réalités propres à chaque exploitation.
Réviser les aides et alléger le coût de l’alimentation animale
Au-delà du maintien des dispositifs existants, les éleveurs demandent une révision des montants accordés aux races améliorées et un encouragement des races à viande mieux adaptées aux conditions locales.
La question du coût de l’alimentation animale constitue également une priorité. El Asri préconise la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquée aux aliments pour bétail, tout en soulignant la nécessité de garantir que les éleveurs bénéficient réellement de cette exonération.
Il appelle également à renforcer le soutien aux associations professionnelles, notamment à l’Association nationale des éleveurs d’ovins et de caprins. Ces organisations pourraient contribuer à mieux encadrer les exploitants, en particulier les petits éleveurs, et à diffuser les pratiques favorisant l’amélioration de la productivité. Une partie des aides pourrait ainsi être conditionnée à des résultats concrets sur le terrain.
Le manque de femelles reproductrices au cœur du problème
Pour Riyad Ouhtita, expert agricole, la reconstitution du cheptel national au Maroc nécessite de s’attaquer à une difficulté structurelle : l’insuffisance des femelles reproductrices. Il situe l’origine de ce problème dans la période de la pandémie de Covid-19, marquée, selon lui, par une baisse des prix des brebis et des agnelles.
L’expert estime que le rétablissement du cheptel pourrait prendre environ trois ans. Il recommande donc de réorienter les politiques d’importation vers des animaux destinés à la reproduction et à l’amélioration de la production, plutôt que vers l’approvisionnement direct du marché de consommation.
Parmi les leviers avancés figurent l’importation de femelles issues de bonnes races, le soutien à l’insémination artificielle et le recours au croisement industriel. Cette dernière méthode consisterait à introduire des races à viande étrangères afin de les croiser avec des races prolifiques, dans le but d’améliorer les performances des troupeaux.
Des alternatives pour l’alimentation du cheptel
La disponibilité des aliments pour bétail représente un autre axe de travail. Les deux intervenants mettent en avant l’intérêt de développer des solutions alternatives, notamment l’orge germée et l’azolla, une plante aquatique susceptible d’être utilisée dans certaines stratégies d’alimentation animale.
Riyad Ouhtita insiste également sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de l’interdiction de l’abattage des femelles du cheptel. Reconnaissant les difficultés d’application de cette mesure, il estime que son efficacité dépendra notamment de dispositifs d’accompagnement, dont l’importation de femelles destinées à renforcer les capacités de reproduction.
Réévaluer les stratégies agricoles
L’expert appelle enfin le nouveau gouvernement, dirigé par Fatima Zahra Mansouri, à procéder à une réévaluation globale des programmes et stratégies agricoles précédents, notamment « Génération Green » et le « Plan Maroc Vert ».
Au-delà de la poursuite des aides, les propositions avancées convergent vers une même orientation : faire de la reconstitution du cheptel une politique de production à long terme, fondée sur la reproduction, l’amélioration génétique, la maîtrise des coûts alimentaires et un meilleur accompagnement des éleveurs. La capacité du nouveau gouvernement à articuler ces différents leviers sera déterminante pour consolider l’offre nationale de viande.
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