Abdellatif Ouahbi reconduit à la Justice après un premier mandat controversé
Ancien secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Abdellatif Ouahbi conserve le portefeuille de la Justice dans le gouvernement El Mansouri. Nommé parmi les 32 membres du nouvel exécutif le vendredi 16 octobre par SM le Roi Mohammed VI, il entame un deuxième mandat marqué par plusieurs dossiers sensibles, entre réformes judiciaires, tensions avec les avocats et controverses sur l’accès à la profession.
Une reconduction dans un contexte politique renouvelé
Abdellatif Ouahbi figure en quatrième position dans la liste protocolaire du nouveau gouvernement, juste derrière les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Il est le premier représentant du PAM à apparaître sur cette liste après la cheffe du gouvernement.
Sa reconduction intervient après sa réélection, le 23 septembre, dans la circonscription de Taroudant-Nord, où il a obtenu 17 580 voix. À la tête du PAM depuis février 2020, il a quitté le secrétariat général en février 2024, laissant la place à une direction collégiale menée par Fatima Ezzahra El Mansouri. Celle-ci avait pourtant joué un rôle déterminant dans son accession à la direction du parti.
Un avocat de formation, engagé dans plusieurs courants politiques
Né le 28 juillet 1961 dans une famille originaire de Taroudant, Abdellatif Ouahbi est titulaire d’une licence en droit et avocat au barreau de Rabat, où il exerce depuis 1993. Il a appris le métier à la fin des années 1980 auprès d’Ahmed Benjelloun, frère cadet d’Omar Benjelloun, l’un des fondateurs de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).
Au cours de sa carrière, il a défendu aussi bien de grandes entreprises que des personnes poursuivies en vertu de la législation antiterroriste.
Son engagement politique débute à l’USFP, où il milite de 1976 à 1991. Il rejoint ensuite le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste, qu’il quitte en 2010 pour rallier le PAM. Élu député de Taroudant-Nord, il préside la commission de la Justice de la Chambre et dirige le groupe parlementaire de son parti avant d’en devenir secrétaire général en février 2020.
À la tête du PAM, il adopte une posture conciliante envers le Parti de la justice et du développement (PJD), rompant avec la ligne initialement défendue par sa formation.
En septembre 2021, il est élu président du conseil communal de Taroudant, avant d’être nommé ministre de la Justice le 7 octobre de la même année dans le gouvernement Akhannouch. Il participe alors aux négociations qui permettent au PAM d’intégrer la coalition gouvernementale avec sept portefeuilles, dont ceux de Fatima Ezzahra El Mansouri à l’Habitat et de Mehdi Bensaid à la Culture.
L’examen d’accès au barreau, une polémique majeure
Le premier mandat d’Abdellatif Ouahbi a été marqué par plusieurs controverses. Fin 2022, les résultats de l’examen d’accès à la profession d’avocat provoquent une vive polémique, notamment après des interrogations sur la réussite de son fils.
Le ministre met alors en avant les études suivies par ce dernier à l’étranger, rendues possibles, selon ses explications, par l’aisance financière de sa famille. Cette déclaration contribue à ternir son image publique et alimente les critiques au sein même du PAM. Un courant interne réclame des excuses, puis sa démission. Le ministre annonce également des poursuites contre un candidat recalé à l’examen.
Des réformes judiciaires qui divisent
Au-delà de cette affaire, plusieurs initiatives portées par le ministre suscitent des contestations. Dès 2022, il défend une disposition visant à empêcher les associations de saisir la justice dans les affaires de dilapidation des deniers publics. Cette mesure est finalement intégrée à la réforme du Code de procédure pénale.
Son bilan comprend également l’adoption de la loi relative aux peines alternatives, qui ouvre notamment la voie au bracelet électronique et au travail d’intérêt général.
En 2026, la réforme de la profession d’avocat ravive les tensions entre le ministère et les professionnels du secteur. La nouvelle loi déclenche une grève des avocats. Après sa publication au Bulletin officiel, Abdellatif Ouahbi appelle à l’apaisement et affirme vouloir tourner la page du conflit avec la profession.
Un second mandat sous le signe de l’apaisement
La reconduction d’Abdellatif Ouahbi place à nouveau la Justice au cœur de son parcours gouvernemental, après quatre années marquées par des réformes sensibles et des confrontations avec plusieurs acteurs du monde judiciaire et associatif.
Ce deuxième mandat s’ouvre également dans une configuration politique particulière : le ministre conserve son portefeuille sous l’autorité de Fatima Ezzahra El Mansouri, qui lui a succédé à la tête du PAM. Les relations avec la profession d’avocat et la mise en œuvre des réformes judiciaires figureront parmi les enjeux majeurs de cette nouvelle étape.
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