Contrebande d’or : le Cameroun serre la vis sur l’exploitation artisanale
Malgré un sous-sol réputé riche en or, le Cameroun peine à tirer profit de son potentiel aurifère. Faute de mines industrielles en activité, la production repose presque exclusivement sur l’exploitation artisanale et semi-mécanisée, un secteur largement informel où la majorité des volumes échappe aux circuits officiels. Résultat : quand les exportations déclarées se comptent en kilogrammes, la contrebande, elle, se mesure en tonnes.
Face à cette situation, le gouvernement camerounais a annoncé une série de mesures destinées à enrayer les flux illicites. À partir de janvier 2026, plusieurs sites d’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or (ASM) devraient être fermés, notamment ceux ne disposant pas d’un système de traitement en vase clos. L’annonce a été faite le 29 décembre par le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, dans un contexte de vives préoccupations sur la traçabilité de la production nationale.
Cette décision intervient après la publication d’un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui met en lumière un écart spectaculaire : en 2023, le Cameroun n’a officiellement exporté que 22,3 kilogrammes d’or, alors que les statistiques internationales font état de 15,2 tonnes d’or importées depuis le pays. Plus de 90 % de ces volumes auraient été acheminés vers les Émirats Arabes Unis.
Le marché de l’or de Dubaï s’est imposé ces dernières années comme une place centrale du négoce international du métal jaune. Selon l’ONG SWISSAID, qui s’appuie sur des données onusiennes, les Émirats Arabes Unis ont importé 748 tonnes d’or africain en 2024, soit plus de la moitié de leurs importations totales. Une partie de cet or proviendrait de filières peu transparentes.
Au Cameroun, les autorités souhaitent également renforcer le rôle de la SONAMINES, la société nationale chargée d’acheter la production locale. Objectif : mieux encadrer les volumes produits et réduire les pertes fiscales liées à la fraude. À plus long terme, le gouvernement affiche aussi son ambition de favoriser le développement de l’exploitation industrielle, jugée plus facile à contrôler que l’artisanat minier.
Le ministre des Mines souligne que l’or camerounais est majoritairement issu d’exploitations artisanales mises en place sans études de faisabilité, rendant toute anticipation de la production quasi impossible pour l’État. À cela s’ajoute la porosité des frontières terrestres, qui facilite la sortie clandestine de l’or, y compris celui produit dans des pays voisins, mais exporté sous origine camerounaise.
Si l’efficacité des mesures annoncées devra être évaluée dans les mois à venir, certaines expériences africaines montrent que des progrès sont possibles. Le Burkina Faso a ainsi renforcé l’encadrement de l’orpaillage et consolidé les moyens de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP). En neuf mois, cette structure a collecté 29,56 tonnes d’or en 2025, contre 5,57 tonnes sur la même période en 2024, illustrant l’impact d’une formalisation accrue du secteur.
Pour le Cameroun, la lutte contre la contrebande de l’or s’annonce donc comme un chantier stratégique, à la croisée des enjeux économiques, sécuritaires et de gouvernance.
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