Crise migratoire : Ceuta pourrait perdre 27,8 millions d’euros
La crise migratoire survenue à la fin du mois de juillet commence à produire des répercussions importantes sur l’économie de Ceuta. Selon une estimation de la Chambre officielle de commerce, d’industrie, de services et de navigation de la ville, les pertes pourraient atteindre 27,76 millions d’euros d’ici à la fin août.
L’évaluation, présentée comme provisoire, repose sur des enquêtes menées auprès des entreprises, des données sectorielles et différentes statistiques publiques. Elle ne prend toutefois pas en compte plusieurs conséquences susceptibles d’apparaître au-delà du mois d’août, notamment les pertes de septembre, les dépenses supplémentaires des administrations, les éventuels effets sur l’emploi ou encore l’impact sur l’image de Ceuta.
Plus de 7 millions d’euros de pertes immédiates
Les premières perturbations ont déjà entraîné un manque à gagner estimé à 7,07 millions d’euros. Le commerce concentre une partie importante de ces pertes, avec environ 2,48 millions d’euros sur les premières journées de perturbation.
L’hôtellerie et la restauration ont également été touchées, tandis que les services, la construction, l’industrie, les agences de voyages et les hébergements ont subi des pertes supplémentaires. La Chambre intègre aussi une estimation destinée à couvrir les activités liées notamment au transport et à la logistique.
Cette première facture témoigne de la forte sensibilité de l’économie locale aux mouvements de voyageurs et à l’activité transfrontalière.
L’annulation des fêtes patronales pèse lourdement
La deuxième composante du préjudice concerne l’annulation de huit jours de fêtes patronales, événement qui génère habituellement une activité importante pour les commerces, les prestataires et les entreprises locales.
La Chambre chiffre à 10,25 millions d’euros les dépenses qui ne seront finalement pas réalisées. Cette somme englobe notamment les dépenses des organisateurs, des fournisseurs et des commerçants, mais aussi celles des visiteurs, de l’hôtellerie-restauration et des taxis.
Au-delà de l’impact financier, l’annulation représente également un enjeu social. Selon l’étude, les festivités contribuent habituellement au soutien d’environ 900 emplois, directs ou indirects, dans des secteurs tels que la restauration, le commerce, la sécurité, le nettoyage et les services techniques.
Le mois d’août pourrait encore accentuer les pertes
Pour les vingt-trois derniers jours du mois d’août, la Chambre anticipe 10,43 millions d’euros supplémentaires de pertes. Cette projection prend en compte la diminution attendue des recettes hôtelières, la baisse des dépenses des visiteurs et le recul de la consommation locale.
L’hypothèse retenue repose notamment sur une contraction de 70 % de certains flux touristiques et sur une baisse de 20 % de la consommation locale directement exposée aux conséquences de la crise.
Ces chiffres devront toutefois être confrontés aux données réelles de fréquentation, de chiffre d’affaires, d’occupation hôtelière et de trafic frontalier lorsque celles-ci seront disponibles.
Les visiteurs marocains au cœur des préoccupations
La clientèle en provenance du Maroc occupe une place particulière dans l’analyse. D’après les données citées dans l’étude, près de 29 870 personnes étaient entrées à Ceuta depuis le Maroc au cours d’une semaine de juillet 2025.
En extrapolant ce flux sur un mois, la Chambre estime le nombre d’entrées potentielles à environ 132 281. Elle retient cependant une proportion limitée de visiteurs considérés comme venant principalement pour les achats, la consommation ou les loisirs.
Sur cette base, l’institution estime qu’une baisse de 70 % de cette clientèle pourrait entraîner la disparition d’environ 4 630 visites marocaines au cours du mois. Le manque à gagner correspondant est évalué à 2,55 millions d’euros.
Cette somme représente une part significative des pertes attendues durant la deuxième moitié du mois d’août. La Chambre précise néanmoins avoir utilisé une hypothèse de dépenses de 550 euros par visiteur, inférieure à certaines estimations antérieures.
La clientèle espagnole également affectée
Les visiteurs provenant de la péninsule espagnole constituent un autre segment important pour l’économie locale. La Chambre estime qu’un mois d’août habituel attire environ 30 410 visiteurs depuis la péninsule, avec des profils différents selon le type d’hébergement.
La crise pourrait notamment entraîner la suppression d’environ 6 070 excursions à la journée, correspondant à un manque à gagner estimé à 661 630 euros.
L’impact ne se limite donc pas aux échanges avec le Maroc. Il concerne également les déplacements touristiques en provenance du reste de l’Espagne, ce qui pourrait amplifier les difficultés rencontrées par les secteurs du commerce, de l’hôtellerie et de la restauration.
Un impact important, mais difficile à traduire en termes de PIB
La Chambre compare également les 27,76 millions d’euros de pertes estimées au PIB de Ceuta, évalué à 1,923 milliard d’euros en 2024 par l’Institut national de la statistique espagnol.
Cette comparaison permet de mesurer l’ordre de grandeur du choc économique, mais l’institution souligne qu’une perte de chiffre d’affaires ne correspond pas automatiquement à une baisse équivalente du PIB.
Le véritable impact pourrait apparaître progressivement si la baisse de fréquentation se prolonge au-delà du mois d’août. Une diminution durable des visiteurs pourrait notamment affecter les réservations hôtelières, les commerces, les services et les projets d’investissement.
L’image de Ceuta, un autre enjeu économique
Au-delà des pertes immédiatement quantifiables, la Chambre met en garde contre les conséquences à moyen terme sur l’attractivité de Ceuta.
La diffusion d’images liées à l’insécurité, aux tensions frontalières et aux perturbations pourrait influencer les décisions des touristes et des entreprises. Une dégradation durable de l’image de la ville pourrait ainsi entraîner des effets économiques qui ne sont pas encore intégrés dans l’estimation de 27,76 millions d’euros.
La Chambre considère donc ce montant comme un minimum provisoire des conséquences économiques à court terme. L’évolution de la situation dans les prochaines semaines permettra de déterminer si la facture finale restera limitée au mois d’août ou si elle s’étendra aux mois suivants.
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