Entre consolidation et déséquilibres : Ce que révèle le rapport 2025 de l’OMTPME
Présenté le 7 janvier 2026 à Casablanca, le sixième rapport annuel de l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise dresse le portrait d’une économie entrée dans une phase de consolidation. Après les années de résilience post-crise, les indicateurs confirment un redressement plus solide : création d’entreprises soutenue, valeur ajoutée en nette progression, exportations en reprise. Mais derrière ces signaux encourageants, le tissu productif national reste traversé par des déséquilibres structurels, tant sur le plan territorial que sectoriel et social.
Un tissu entrepreneurial en croissance, mais toujours polarisé
Le Maroc compte désormais plus de 380.000 entreprises personnes morales actives, en hausse de 1,3 % sur un an. Près de 96.000 nouvelles structures ont vu le jour en 2024, confirmant une dynamique entrepreneuriale réelle. Cette expansion demeure toutefois fragile : les dissolutions progressent plus vite que la création et touchent majoritairement des entreprises de moins de cinq ans, révélant la vulnérabilité persistante des jeunes structures.
La physionomie du tissu productif évolue peu. Les micro-entreprises continuent d’écraser la pyramide entrepreneuriale et la majorité écrasante des sociétés réalise un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams. Sur le plan géographique, la concentration reste marquée autour de l’axe Tanger–El Jadida, avec un poids prépondérant de la région de Casablanca-Settat, confirmant l’écart durable entre pôles économiques et territoires périphériques.
Une création de richesse dominée par les grands groupes
Sur le front macroéconomique, les chiffres témoignent d’une consolidation plus nette. Le chiffre d’affaires global progresse de près de 10 % pour atteindre plus de 2.600 milliards de dirhams, tandis que la valeur ajoutée enregistre une accélération remarquable. Cette performance repose cependant largement sur les grandes entreprises, ultra-minoritaires en nombre mais toujours ultra-dominantes dans la création de richesse.
L’Observatoire souligne que la dynamique actuelle serait nettement moins favorable sans la contribution des grands groupes, notamment dans l’énergie et certaines branches industrielles. À l’inverse, des secteurs comme les industries extractives affichent un repli, illustrant la nature inégale de la reprise.
Exportations et emploi : des signaux positifs, des tensions sociales persistantes
Les exportations renouent avec une croissance à deux chiffres, portées principalement par l’industrie manufacturière, et en particulier par les filières automobile et électrique. Ce regain conforte le positionnement du Maroc dans certaines chaînes de valeur mondiales, même si les performances restent en deçà des pics observés au début de la décennie.
Sur le marché du travail, les effectifs déclarés dépassent les quatre millions de salariés. Les TPME demeurent le premier pourvoyeur d’emplois formels. La masse salariale progresse, traduisant un frémissement du pouvoir d’achat, mais le rapport met en lumière la persistance de bas niveaux de rémunération, avec une majorité de salariés concentrés sous les seuils les plus modestes.
Entrepreneuriat féminin et financement : les angles morts de la reprise
L’un des constats les plus stables – et les plus préoccupants – du rapport concerne l’entrepreneuriat féminin. La proportion de femmes à la tête d’entreprises évolue peu et leur accès au crédit demeure limité. Malgré une présence croissante dans certains secteurs de services, le passage à l’échelle reste difficile, freinant l’impact économique de ces initiatives.
Les données sur le financement confirment par ailleurs une forte asymétrie. La majorité des crédits bancaires bénéficie toujours aux grandes entreprises, tandis que les très petites structures dépendent largement de ressources internes ou informelles. Une configuration qui limite les capacités d’investissement et d’innovation d’une large partie du tissu productif.
L’Observatoire change d’échelle dans l’exploitation de la donnée
Au-delà des résultats économiques, l’édition 2025 marque un tournant pour l’OMTPME lui-même. L’institution a engagé une transformation technologique profonde, intégrant Data Science, intelligence artificielle et outils prédictifs pour fiabiliser, croiser et enrichir les données. De nouveaux dispositifs permettent désormais une lecture territoriale plus fine, une harmonisation des classifications sectorielles et une meilleure identification de l’entrepreneuriat féminin.
Ce virage positionne l’Observatoire comme un acteur central de l’ingénierie de la donnée publique, au service des administrations, des régulateurs et des décideurs économiques. Les coopérations renforcées avec Bank Al-Maghrib, la CNSS, l’OMPIC et le ministère de l’Industrie s’inscrivent dans cette logique de mutualisation et de pilotage par l’évidence statistique.
2026 : cap sur l’inclusion et la productivité
Les chantiers annoncés pour 2026 prolongent cette ambition. Plusieurs études nationales et internationales sont programmées autour de l’emploi, de la productivité, de la digitalisation et des industries culturelles et créatives. L’OMTPME prévoit également d’approfondir ses travaux sur le financement des très petites entreprises et l’accompagnement territorial, tout en renforçant son implication dans des initiatives internationales dédiées à l’inclusion financière et à l’accès des femmes entrepreneures au crédit.
À travers ce sixième rapport, l’Observatoire met en lumière une économie marocaine en phase de consolidation, plus robuste mais encore inégalitaire. Une reprise qui, pour devenir pleinement durable, devra désormais s’attaquer à ses fractures structurelles autant qu’à ses indicateurs de croissance.
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