Marché des carburants sous tension : les stations-service réclament l’intervention du régulateur
À la veille d’une nouvelle hausse attendue des prix du gasoil et de l’essence au Maroc, des tensions émergent entre les exploitants de stations-service et certaines sociétés de distribution de carburants. Plusieurs professionnels du secteur dénoncent des perturbations dans l’approvisionnement et s’inquiètent de pratiques qu’ils considèrent contraires aux règles de la concurrence.
Selon différents exploitants, des retards de livraison, des réductions de volumes, voire des refus d’approvisionnement auraient été observés ces derniers jours. Pourtant, les contrats commerciaux qui lient les stations-service à leurs fournisseurs prévoient généralement des délais de livraison compris entre 24 et 48 heures.
Face à cette situation, Tayeb Ben Ali, vice-président de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc (FNPCGS), affirme que les professionnels du secteur envisagent de saisir les autorités compétentes, notamment le Conseil de la concurrence et la justice. L’objectif serait de dénoncer ce qu’ils qualifient de pratiques « illégales ».
Selon lui, certains opérateurs procéderaient à des refus de vente ou à l’annulation de commandes pourtant confirmées. D’après les représentants du secteur, cette stratégie viserait à conserver les stocks en attendant l’augmentation imminente des prix, afin de réaliser des bénéfices plus importants lors de la remise sur le marché.
Une telle pratique constituerait, selon les exploitants, une exploitation abusive des stocks, au détriment à la fois des consommateurs et des gestionnaires de stations-service. Tayeb Ben Ali estime également que ces comportements pourraient contrevenir aux conditions générales de vente et aux lois encadrant la liberté des prix et la concurrence.
Une dépendance structurelle des stations-service
Sur le terrain, de nombreux exploitants évoquent une relation de dépendance structurelle vis-à-vis des sociétés pétrolières. Dans la plupart des cas, les stations-service sont liées à un fournisseur unique par des contrats d’exclusivité, qui les empêchent de s’approvisionner auprès d’autres distributeurs.
Cette situation limite fortement leur marge de manœuvre en cas de difficulté d’approvisionnement. Lorsqu’une société pétrolière tarde à livrer, la station ne dispose généralement d’aucune alternative pour se fournir ailleurs.
Plusieurs gérants redoutent ainsi que ces retards ou limitations de livraison puissent provoquer des ruptures ponctuelles de carburant dans certaines stations, alors même que la demande des automobilistes reste élevée.
L’enjeu dépasse d’ailleurs le simple usage des particuliers. Les stations-service approvisionnent également de nombreux acteurs publics et économiques, notamment les collectivités locales, les administrations territoriales, les établissements hospitaliers ou encore les services de secours.
Des enjeux économiques et réglementaires
Au-delà de la question de la disponibilité du carburant, les professionnels s’interrogent également sur les conséquences économiques de ces tensions. Selon certains exploitants, les hausses de prix bénéficient surtout aux opérateurs disposant d’importants stocks, tandis que les stations-service doivent continuer à supporter leurs charges quotidiennes avec des marges limitées.
Les représentants du secteur critiquent également le système de « contrôle à distance » des pompes par certaines sociétés pétrolières. Ce dispositif limiterait l’autonomie des stations-service dans la gestion des prix affichés.
Dans plusieurs cas, les exploitants expliquent qu’ils doivent attendre l’accord de leur compagnie et son intervention technique avant de pouvoir modifier les prix à la pompe. Une situation que certains jugent incompatible avec les principes de libre concurrence.
Appel à l’intervention des régulateurs
Face à ces tensions, les professionnels appellent les autorités de régulation, notamment le Conseil de la concurrence, à surveiller de près les pratiques d’approvisionnement sur le marché des carburants. L’objectif serait de garantir davantage de transparence, d’assurer un équilibre entre les différents acteurs du secteur et de protéger les consommateurs.
Pour l’heure, les exploitants affirment vouloir poursuivre leurs activités normalement. Toutefois, ils restent attentifs à l’évolution des livraisons dans les prochains jours, estimant que toute rupture de stock éventuelle serait directement liée aux restrictions ou aux refus de livraison imposés par certaines compagnies pétrolières.
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