Bank Al-Maghrib face au défi de la déflation en 2026
Au premier trimestre 2026, l’économie marocaine confirme sa capacité de résistance face à un contexte international encore marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques mondiales. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan, la croissance nationale a atteint 5% en glissement annuel, contre 4,1% au trimestre précédent, traduisant une dynamique économique plus soutenue.
Cette progression intervient dans un climat particulier où l’inflation connaît, contre toute attente, un ralentissement notable. Les prix à la consommation ont enregistré une légère baisse de 0,1% durant le premier trimestre 2026, principalement sous l’effet du recul des prix alimentaires estimé à 1,1%. Une évolution qui contraste avec les fortes tensions inflationnistes observées au cours des dernières années.
Pour le deuxième trimestre, les perspectives demeurent relativement stables avec une inflation attendue autour de 1,5%, dans l’hypothèse d’une accalmie progressive sur les marchés énergétiques internationaux. Toutefois, les experts restent prudents. Une aggravation des tensions au Moyen-Orient pourrait rapidement faire remonter les cours du pétrole et pousser l’inflation à près de 2,3%.
Dans ce contexte économique complexe, le Maroc s’apprête à franchir une étape importante avec l’introduction progressive d’un régime de ciblage de l’inflation. Cette réforme monétaire, annoncée à la fin de l’année 2025, devrait entrer dans une phase pilote dès cette année. L’objectif est clair : renforcer la stabilité des prix et mieux encadrer les anticipations inflationnistes à moyen terme.
Pour plusieurs économistes, les conditions techniques semblent relativement favorables à cette transition. La progression des créances sur l’économie, en hausse de 8,2%, illustre notamment une bonne transmission des décisions monétaires vers les entreprises et les ménages. Cela signifie que les ajustements opérés par Bank Al-Maghrib influencent efficacement le financement et l’activité économique.
Cependant, certains défis risquent de compliquer la mise en œuvre de ce nouveau dispositif. Le premier concerne la forte dépendance de l’inflation marocaine aux facteurs extérieurs, notamment aux fluctuations des prix de l’énergie. Lorsque l’augmentation des prix provient des marchés internationaux, les outils monétaires classiques montrent rapidement leurs limites. Une hausse des taux d’intérêt pour freiner une inflation importée pourrait ralentir l’investissement et la consommation sans pour autant résoudre l’origine du problème.
L’autre point d’inquiétude porte sur le risque de déflation. La baisse des prix observée au premier trimestre suscite des interrogations chez plusieurs spécialistes. Contrairement à une inflation élevée, la déflation peut entraîner une spirale économique dangereuse : recul de la consommation, ralentissement de la production, baisse des investissements et montée du chômage.
Dans ce scénario, le défi pour Bank Al-Maghrib ne serait plus seulement de maintenir l’inflation autour d’un seuil cible, mais plutôt d’éviter une stagnation durable des prix. Les économistes rappellent ainsi qu’un régime de ciblage de l’inflation fonctionne généralement mieux dans une économie portée par une demande intérieure solide et une inflation modérée mais positive.
Malgré ces incertitudes, cette réforme marque une évolution importante dans la modernisation de la politique monétaire marocaine. Elle témoigne également de la volonté des autorités financières d’adapter leurs outils aux nouvelles réalités économiques mondiales, dans un environnement où les chocs externes influencent de plus en plus les équilibres nationaux.
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