Crise avicole au Maroc : des éleveurs étranglés par la flambée des coûts
Le secteur avicole marocain traverse une période particulièrement tendue, marquée par un déséquilibre croissant entre les coûts de production et les prix de vente sur le marché. Pilier essentiel de l’approvisionnement en protéines animales, la filière est aujourd’hui fragilisée, notamment au niveau des petits et moyens éleveurs.
Sur le terrain, les professionnels décrivent une situation de plus en plus difficile. L’augmentation continue des charges, combinée à la baisse des prix du poulet, rend l’activité peu rentable, voire déficitaire dans certains cas. Plusieurs éleveurs affirment ne plus pouvoir absorber les pertes répétées, ce qui pousse certains à envisager l’arrêt de leur activité.
Selon des représentants du secteur, dont le président de l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair, les coûts des intrants ont fortement progressé ces derniers mois. Les aliments composés, les poussins d’un jour, le carburant ainsi que d’autres matières premières indispensables à la production ont tous connu des hausses successives. Dans le même temps, les prix de vente sur les marchés restent bas.
Le constat est alarmant : le poussin d’un jour atteindrait désormais autour de 10 dirhams, tandis que le poulet vivant se vendrait parfois à moins de 13 dirhams le kilogramme dans certains circuits de distribution. Cette compression des marges rend l’équation économique particulièrement difficile pour les exploitations de petite taille.
Au marché de gros de Casablanca, les professionnels observent également des fluctuations sur d’autres catégories, notamment le dindon, dont les prix oscillent entre 13,50 et 14 dirhams. Parallèlement, les reproductrices et autres segments connaissent une offre abondante, ce qui accentue la pression sur les prix globaux.
Autre facteur aggravant : la hausse progressive du coût de l’alimentation animale. Les éleveurs signalent plusieurs augmentations successives, estimées à environ 15 centimes par kilogramme au début de l’année 2026, suivies d’une nouvelle hausse proche de 10 centimes quelques mois plus tard. Ces variations, bien que paraissant faibles, ont un impact important sur les marges, déjà très réduites.
Face à cette situation, les professionnels alertent sur les conséquences structurelles de la crise. Plusieurs petites exploitations auraient déjà quitté le marché, incapables de supporter les pertes. Les acteurs du secteur redoutent une concentration accrue de la filière entre les mains de grands opérateurs, ce qui pourrait fragiliser l’équilibre global de la production nationale.
Les éleveurs appellent ainsi les autorités à intervenir rapidement pour stabiliser la filière. Ils réclament notamment une meilleure régulation des prix des intrants, un encadrement plus strict des intermédiaires et des mécanismes de soutien ciblés pour les petits producteurs. Au-delà des enjeux économiques, ils soulignent que la stabilité du secteur avicole est directement liée à la sécurité alimentaire et au pouvoir d’achat des ménages marocains.
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