Eau potable à Oujda : une crise qui dépasse la sécheresse
À Oujda, les difficultés d’approvisionnement en eau potable ne peuvent être attribuées à la seule sécheresse. Les baisses de pression et les interruptions signalées dans certains secteurs révèlent une équation plus complexe, dans laquelle se croisent la fragilité des ressources hydriques, l’évolution démographique, l’extension du réseau, les opérations de maintenance et les pertes enregistrées lors de la distribution.
Les données de la Direction régionale du Haut-Commissariat au Plan (HCP) permettent de mesurer une partie de cette réalité. Le rendement du réseau d’eau potable d’Oujda s’élevait à 71,5 % en 2020, avant de passer à 70 % en 2021 puis de progresser à 73,21 % en 2022. Cet indicateur ne correspond pas directement au taux de fuites physiques, mais il montre qu’une partie de l’eau injectée dans le réseau ne se retrouve pas dans les volumes effectivement comptabilisés ou facturés.
L’indice de perte s’est, pour sa part, établi à 10,03 m³ par kilomètre et par jour en 2021, avant de diminuer à 8,28 m³ en 2022. Cette amélioration témoigne des efforts engagés, mais elle souligne également la nécessité de poursuivre les opérations de renouvellement et de surveillance des infrastructures.
Fuites et maintenance : un enjeu permanent
La maintenance constitue un autre élément important de l’équation. Selon les données du HCP, 6 977 fuites ont été réparées à Oujda en 2020, contre 12 956 en 2021 et 5 635 en 2022.
Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les interruptions actuelles du service. Ils illustrent néanmoins l’importance des interventions nécessaires pour préserver la continuité de l’alimentation. Une rupture sur une conduite stratégique ou des travaux de maintenance peuvent notamment affecter plusieurs quartiers lorsque les solutions de secours et les capacités de stockage sont limitées.
La croissance du réseau ajoute une contrainte supplémentaire. Entre 2020 et 2022, le nombre d’abonnés à l’eau potable de la RADEEO est passé de 171 582 à 181 327, soit une progression de 5,7 %. Sur la même période, la longueur du réseau est passée de 2 090 à 2 256 kilomètres.
Cette expansion accompagne le développement urbain d’Oujda, mais elle implique aussi davantage d’infrastructures à surveiller, à entretenir et à renouveler.
Des investissements, mais des besoins qui évoluent
Les investissements consacrés au secteur de l’eau potable ont atteint 37,85 millions de dirhams en 2020, 44,21 millions en 2021 et 41,20 millions en 2022, d’après les données du HCP.
En 2022, 22,91 millions de dirhams ont été orientés vers le réseau de distribution. Cette répartition montre que la sécurisation de l’approvisionnement ne dépend pas uniquement de la disponibilité de la ressource. Elle repose également sur la capacité du réseau à acheminer l’eau avec le moins de pertes possible et à maintenir une pression adaptée aux besoins des différents secteurs.
Dans ce contexte, la SRM L’Oriental est confrontée à un double impératif : accompagner la demande croissante tout en améliorant la performance des infrastructures existantes.
La sécheresse, un facteur aggravant
La situation hydrique régionale reste néanmoins déterminante. Le bassin de la Moulouya a connu plusieurs années consécutives de sécheresse. Selon les données du ministère de l’Équipement et de l’Eau, le déficit pluviométrique a atteint 46,9 % durant l’année hydrologique 2023-2024.
La réduction des apports en eau accentue mécaniquement les tensions sur les systèmes d’alimentation et limite les marges de manœuvre des gestionnaires. Dans ces conditions, chaque faiblesse du réseau peut avoir des conséquences plus importantes sur la continuité du service.
Mais la sécheresse ne suffit pas à expliquer l’ensemble des difficultés. La disponibilité de la ressource, l’état des canalisations, les pertes, les opérations de maintenance, les capacités de stockage et l’évolution de la demande doivent être analysés conjointement.
La transparence des données au cœur de la réponse
Face à cette situation, l’amélioration de l’information disponible apparaît comme un enjeu essentiel. Une publication régulière par la SRM L’Oriental des volumes produits, des quantités distribuées, des niveaux de pertes, des incidents enregistrés et des délais moyens de rétablissement permettrait de mieux comprendre l’origine des perturbations.
Des données actualisées permettraient également de distinguer plus clairement les effets de la sécheresse des difficultés liées au fonctionnement du réseau.
À Oujda, la question de l’eau potable dépasse donc désormais la seule disponibilité de la ressource. Elle renvoie à la capacité de l’ensemble du système à anticiper les besoins, moderniser les infrastructures, réduire les pertes et assurer une distribution régulière. Dans une région confrontée à une pression hydrique durable, cette approche globale devient indispensable pour garantir la continuité du service à long terme.
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