Fiscalité verte au Maroc : un signal carbone encore déséquilibré
La transition climatique s’impose progressivement comme une priorité dans les politiques publiques. Au Maroc, les engagements en faveur du climat se multiplient, portés par des investissements dans les énergies renouvelables et une volonté affirmée de s’inscrire dans les dynamiques internationales. Toutefois, derrière ces avancées, une question centrale persiste : comment le coût des émissions de carbone est-il réellement réparti dans l’économie nationale ?
Un éclairage récent fourni par l’Organisation de coopération et de développement économiques met en évidence certaines limites. Dans son rapport « Effective Carbon Rates 2025 », l’institution analyse les mécanismes qui influencent le prix du carbone, en prenant en compte à la fois les taxes et les subventions. Les données disponibles montrent que la tarification du carbone au Maroc reste indirecte et incomplète. Le pays ne dispose pas encore d’un dispositif explicite, comme une taxe carbone nationale ou un marché d’échange de quotas d’émission. À la place, ce sont principalement les taxes sur les carburants qui constituent le principal levier fiscal.
En 2023, seules 28,4 % des émissions de gaz à effet de serre étaient soumises à un signal-prix positif. Autrement dit, plus de 70 % des émissions échappaient encore à toute incitation économique directe visant à en réduire l’impact. Par ailleurs, une part non négligeable des émissions environ 19 % reste liée à des mécanismes de soutien aux énergies fossiles. Ces subventions atténuent l’effet des taxes existantes, aboutissant à un taux carbone effectif net moyen négatif. Les accises sur les carburants représentent une part importante de ce dispositif, mais leur effet est partiellement compensé par ces aides.
L’analyse sectorielle révèle une répartition très inégale de l’effort fiscal. Le transport routier apparaît comme le principal contributeur, concentrant à la fois une part importante des émissions et la majorité de la fiscalité carbone. Les consommateurs de carburants supportent ainsi l’essentiel du signal-prix actuel. En revanche, d’autres secteurs clés, comme les bâtiments et l’industrie, restent peu ou pas concernés. Leurs émissions ne sont que faiblement taxées, voire associées à des taux carbone nuls ou négatifs. Pourtant, ces secteurs représentent près de la moitié des émissions nationales, ce qui souligne un déséquilibre structurel dans la politique actuelle.
La majorité des émissions marocaines provient du dioxyde de carbone lié à la consommation d’énergie, ce qui place les choix énergétiques au cœur de la transition écologique. Dans ce contexte, limiter le signal-prix aux carburants apparaît insuffisant pour enclencher une transformation globale. Le Maroc poursuit néanmoins ses efforts en matière de transition énergétique, notamment à travers le développement des énergies renouvelables. Mais les données récentes suggèrent que la dimension fiscale de cette transition reste à renforcer. L’enjeu est désormais d’instaurer un cadre plus équilibré, capable d’étendre progressivement la tarification carbone à l’ensemble des secteurs, afin de répartir plus équitablement les coûts tout en renforçant l’efficacité des politiques climatiques.
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