Gaz : l’Italie mise sur la Libye pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques
Face aux turbulences qui secouent le marché mondial du gaz, l’Italie accélère sa stratégie de sécurisation énergétique en renforçant ses partenariats méditerranéens. Au cœur de cette nouvelle dynamique : la Libye, partenaire historique de Rome dans les hydrocarbures et acteur clé des flux énergétiques reliant l’Afrique du Nord à l’Europe.
Réunis à Rome le 7 mai, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni et le Premier ministre libyen Abdulhamid Dbeibah ont affiché leur volonté commune d’accélérer les investissements dans les infrastructures gazières et d’approfondir la coopération énergétique entre les deux pays.
Cette séquence diplomatique intervient dans un contexte international tendu, marqué par les perturbations des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié et les inquiétudes croissantes autour de la sécurité des routes énergétiques maritimes.
Pour Rome, la question est devenue hautement stratégique. Très dépendante des importations d’énergie, l’Italie cherche à réduire son exposition aux chocs géopolitiques qui affectent les flux mondiaux de gaz, notamment après les perturbations ayant touché une partie des capacités d’exportation du Qatar.
Dans cette nouvelle équation énergétique, la Libye apparaît comme un partenaire de proximité capable d’offrir des approvisionnements acheminés directement par gazoduc, sans dépendance au transport maritime international.
Le gazoduc GreenStream, qui relie le complexe gazier de Mellitah à la Sicile, constitue l’un des piliers de cette coopération. Toutefois, les volumes exportés par Tripoli vers l’Italie ont fortement reculé ces dernières années.
La baisse de production s’explique par plusieurs facteurs structurels : vieillissement des installations, instabilité politique, interruptions récurrentes de production et hausse de la consommation intérieure libyenne. Résultat : les capacités du GreenStream restent aujourd’hui largement sous-exploitées.
Pour inverser cette tendance, Rome pousse à une accélération des investissements destinés à moderniser les infrastructures énergétiques libyennes et à relancer les capacités de production.
Le groupe Eni joue un rôle central dans cette stratégie. Présent en Libye depuis plusieurs décennies, le géant énergétique italien pilote actuellement plusieurs projets majeurs destinés à augmenter les capacités gazières offshore du pays.
Parmi les chantiers en cours figurent notamment le projet de compression offshore de Sabratha, le programme de valorisation du gaz associé de Bouri ainsi que le développement offshore A&E, présenté comme l’un des plus importants investissements énergétiques réalisés en Libye depuis plus de vingt ans.
L’enveloppe globale engagée avoisinerait les 10 milliards de dollars, avec plusieurs mises en production attendues dès 2026.
Au-delà du cas libyen, cette offensive énergétique reflète une réorientation plus large de la stratégie italienne. Rome cherche désormais à faire de la Méditerranée un axe prioritaire de sa sécurité énergétique.
L’Italie multiplie ainsi les discussions avec l’Algérie, principal fournisseur gazier via le gazoduc Transmed, tout en consolidant ses échanges avec les États-Unis et l’Azerbaïdjan.
Dans un contexte où les tensions géopolitiques pèsent sur les routes maritimes et sur les prix mondiaux du GNL, les approvisionnements régionaux par pipeline retrouvent une importance stratégique majeure pour les pays européens.
Pour la Libye, cette coopération représente également un enjeu économique crucial. Le pays espère attirer de nouveaux capitaux étrangers afin de stabiliser sa production et relancer un secteur énergétique fragilisé par plusieurs années d’instabilité.
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