Tunisie : les prélèvements d’eau souterraine quadruplent en quatorze ans
La multiplication des puits non autorisés accentue la pression sur les ressources hydriques en Tunisie. Entre 2010 et 2024, leur nombre est passé de 205 à environ 3 229, tandis que les prélèvements d’eau souterraine ont quadruplé. Face à cette évolution, les autorités alertent sur les risques environnementaux et économiques et envisagent de renforcer le contrôle des volumes exploités grâce à des outils numériques.
Des prélèvements d’eau multipliés par quatre
La progression des forages non autorisés constitue un défi majeur pour la gestion des ressources hydriques tunisiennes. Selon les données présentées par Aïssa Halimi, directeur général des ressources en eau au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, le nombre de puits illégaux a été multiplié par près de 16 en quatorze ans.
Dans le même temps, les volumes d’eau souterraine prélevés sont passés de 205 millions de mètres cubes en 2010 à 827 millions en 2024. Ces chiffres ont été dévoilés lors d’une journée d’étude organisée par l’Académie parlementaire autour d’une proposition de loi visant à régulariser la situation des puits profonds non autorisés, selon l’Agence de presse tunisienne (TAP).
Cette évolution complique la maîtrise des prélèvements et renforce les inquiétudes concernant la capacité des nappes souterraines à répondre durablement aux besoins en eau.
Les écosystèmes oasiens et la biodiversité sous pression
Les conséquences de cette exploitation dépassent la seule question des volumes disponibles. Aïssa Halimi a notamment mis en garde contre la dégradation des écosystèmes oasiens, le recul de la biodiversité et l’épuisement progressif des réserves souterraines.
D’autres risques ont été signalés, notamment la pollution de l’eau au niveau des têtes de puits, l’assèchement des anciens puits de surface et la progression de l’eau salée dans les réserves d’eau douce des zones côtières.
La situation est d’autant plus préoccupante que les nappes phréatiques subissent déjà une pression importante, particulièrement dans les régions côtières, le Sud et les zones oasiennes. La faiblesse des ressources renouvelables, la hausse des températures et les effets du changement climatique accentuent ces difficultés.
Un coût économique et énergétique croissant
La multiplication des forages non autorisés entraîne également des répercussions économiques. Selon le responsable du ministère, elle contribue à augmenter les coûts de pompage et la consommation énergétique.
L’absence de contrôle suffisant complique par ailleurs le suivi des volumes prélevés et leur répartition équitable entre les différents usagers. Cette situation pose la question de la régulation d’une ressource essentielle, alors que les réserves disponibles se fragilisent.
En Tunisie, les eaux souterraines appartiennent au domaine public. Leur exploitation par forage nécessite une autorisation préalable qui encadre les conditions d’utilisation, sans accorder à l’exploitant un droit de propriété sur la ressource.
Vers un suivi numérique des puits
Pour améliorer la surveillance, les autorités tunisiennes envisagent de moderniser les mécanismes de contrôle des prélèvements, notamment par l’introduction de compteurs intelligents.
Aïda Jridi, chargée de la gestion de la Direction générale du génie rural et de l’exploitation des eaux au ministère de l’Agriculture, a également annoncé un projet de transition vers un système d’information capable de suivre en temps réel les volumes exploités au niveau de chaque puits.
Ce dispositif doit contribuer à renforcer la connaissance des prélèvements et à améliorer la gestion des ressources souterraines. Face à l’ampleur des forages non autorisés, l’enjeu consiste désormais à mieux encadrer l’exploitation de l’eau tout en préservant les réserves et les écosystèmes qui en dépendent.
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