À Washington, le Maroc impose sa stratégie d’influence face au Maghreb
À États-Unis, l’influence ne se limite pas aux échanges diplomatiques classiques. Elle se construit aussi à travers des réseaux d’influence, des cabinets spécialisés et des stratégies de communication bien pensées. En 2025, le Maroc s’impose comme le pays du Maghreb le plus actif en matière de lobbying, avec des dépenses dépassant 3,48 millions de dollars.
Selon les données publiées par Open Secrets, qui s’appuie sur les rapports du Département de la Justice américain, ces investissements sont déclarés dans le cadre du Foreign Agents Registration Act (FARA). Cette législation impose à toute entité agissant pour le compte d’intérêts étrangers de déclarer ses activités visant à influencer les décisions politiques ou l’opinion publique.
Une stratégie structurée portée par des acteurs publics
Derrière ces chiffres se dessine une stratégie cohérente. Une part importante des dépenses provient directement d’institutions publiques marocaines, avec environ 1,06 million de dollars engagés par le gouvernement. À cela s’ajoutent les actions d’organismes comme l’Office national marocain du tourisme, qui participent à la promotion de l’image du pays.
Le lobbying ne se limite donc pas à une influence politique stricte. Il englobe également des dimensions économiques, touristiques et communicationnelles. Il s’agit autant de défendre des intérêts stratégiques que de valoriser l’attractivité du royaume sur la scène internationale.
Un Maghreb à plusieurs vitesses
Face à cette dynamique, les écarts avec les autres pays de la région sont significatifs. L’Algérie arrive en deuxième position, mais avec un niveau de dépenses bien inférieur, estimé à environ 660.000 dollars en 2025.
Plus loin derrière, la Libye affiche près de 280.000 dollars, principalement orientés vers des projets liés au développement économique. La Mauritanie reste en retrait avec un peu plus de 81.000 dollars. Quant à la Tunisie, elle ne figure pas dans les données disponibles pour cette année, ce qui suggère une absence d’activités déclarées dans ce cadre. L’Égypte, pourtant active auparavant, est également absente en 2025.
Au-delà des déclarations officielles
Les données du FARA ne reflètent toutefois qu’une partie des mécanismes d’influence. D’autres dispositifs, comme le Lobbying Disclosure Act (LDA), ou encore les financements indirects de think tanks et campagnes d’image, échappent en partie à cette visibilité.
L’exemple de l’Algérie en 2024 illustre cette réalité. Alger avait conclu un contrat de 720.000 dollars avec la société BGR Group afin d’améliorer son image à Washington, un montant supérieur à celui déclaré dans le cadre du FARA. Ce partenariat avait d’ailleurs suscité des critiques, notamment en raison des positions publiques de cette firme dans un contexte régional sensible.
Une compétition géopolitique silencieuse
Au-delà des chiffres, ces investissements traduisent une réalité plus large : celle d’une compétition discrète mais stratégique pour influencer les centres de décision internationaux. Pour le Maroc, cette présence renforcée à Washington s’inscrit dans une volonté d’ancrer durablement son positionnement sur des dossiers clés, notamment celui du Sahara.
Le lobbying apparaît ainsi comme un levier complémentaire à la diplomatie traditionnelle, dans un monde où l’image, la communication et les réseaux jouent un rôle déterminant dans les équilibres de pouvoir.
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