Burkina Faso : le régime militaire officialise la dissolution des partis politiques
Le Burkina Faso a franchi une nouvelle étape dans la consolidation du pouvoir militaire. L’Assemblée législative de transition, organe faisant office de Parlement, a adopté lundi un projet de loi actant la dissolution officielle des partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues depuis le coup d’État du 30 septembre 2022.
Une décision politique majeure
Réunis à Ouagadougou, les députés de transition ont validé l’abrogation des textes régissant l’existence et le fonctionnement des formations politiques. Cette mesure met fin à plusieurs dispositifs juridiques clés, notamment la loi encadrant les partis politiques, celle relative à leur financement, ainsi que le statut de l’opposition.
Dans un communiqué officiel, les autorités justifient cette décision par la nécessité de préserver l’unité nationale. Le gouvernement estime que « la multiplication des partis politiques a entraîné des dérives », favorisant selon lui les divisions internes et fragilisant le tissu social. Une argumentation qui s’inscrit dans la ligne idéologique défendue par le capitaine Ibrahim Traoré depuis son arrivée au pouvoir.
Un contexte de répression accrue
Depuis le renversement du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, en septembre 2022, le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire qui assume ouvertement son caractère non démocratique. Les partis politiques avaient déjà été privés de la possibilité d’organiser des réunions publiques, mais conservaient jusqu’ici une existence légale.
La décision de dissolution intervient dans un climat de durcissement du régime. Le capitaine Traoré, arrivé au pouvoir lors du deuxième putsch en huit mois, a renforcé son emprise sur l’appareil d’État et multiplié les restrictions visant les voix dissidentes. En mai 2024, une nouvelle charte lui a d’ailleurs permis de prolonger son mandat de cinq années supplémentaires.
Les inquiétudes de la communauté internationale
Cette évolution suscite de vives préoccupations à l’échelle internationale. Début février, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait publiquement appelé les autorités burkinabè à renoncer à leur projet d’interdiction des partis politiques. Selon lui, la disparition de toute expression pluraliste constitue une menace directe pour les libertés fondamentales.
« Ce n’est pas un pas dans la bonne direction pour les droits humains du peuple du Burkina Faso », a-t-il déclaré, rappelant qu’un espace civique ouvert et un État de droit solide sont indispensables à la paix et à la cohésion sociale.
Une rupture avec le modèle démocratique
Le régime de Ouagadougou revendique une orientation politique qualifiée de souverainiste et anti-impérialiste, marquée par une prise de distance affirmée vis-à-vis des partenaires occidentaux, notamment la France. Dans cette logique, les autorités assument « ne pas être une démocratie », estimant que la priorité doit être donnée à la lutte contre l’insécurité et à la reconquête de la souveraineté nationale.
Alors que le pays reste confronté à une grave crise sécuritaire liée aux groupes armés, cette dissolution des partis politiques renforce encore le caractère autoritaire du pouvoir en place. Elle marque surtout une rupture profonde avec le pluralisme politique qui avait prévalu avant la série de coups d’État ayant bouleversé la scène politique burkinabè.
L’avenir institutionnel du pays apparaît désormais plus incertain que jamais, dans un contexte où toute perspective de retour à un ordre démocratique semble s’éloigner.
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