Corée du Sud : l’ancienne première dame poursuivie pour corruption et abus de pouvoir
L’ancienne première dame sud-coréenne, Kim Keon Hee, est désormais formellement poursuivie par la justice pour corruption et ingérence dans les affaires de l’État. Les procureurs l’accusent d’avoir accepté des avantages de grande valeur – œuvres d’art, bijoux et articles de luxe – pour un montant total dépassant 200.000 dollars, dans un dossier qui ébranle un peu plus les institutions du pays.
Selon l’acte d’accusation rendu public à l’issue de six mois d’enquête, Kim Keon Hee aurait perçu l’équivalent de 377,25 millions de wons, provenant d’hommes d’affaires et de figures politiques. Parmi les cadeaux mis en cause figurent deux sacs Chanel, un collier de la maison Graff, un sac à main Dior, une montre-bracelet de luxe, ainsi qu’une toile de l’artiste sud-coréen de renommée internationale Lee Ufan. Certains de ces présents auraient été offerts par Han Hak Ja, dirigeante de l’Église de l’Unification, également connue sous le nom de secte Moon.
Les procureurs estiment que ces avantages ne relevaient pas de simples gestes privés, mais s’inscrivaient dans une logique d’influence et de trafic d’intérêts. L’ex-première dame est ainsi soupçonnée d’avoir exercé, en coulisses, une influence illégale sur des décisions publiques, en dehors de tout cadre institutionnel. Pour le parquet, ces pratiques ont « gravement fragilisé la confiance dans les institutions de l’État » et constituent un abus manifeste de pouvoir.
Interrogé par les enquêteurs, l’ancien président Yoon Suk Yeol a affirmé ne pas avoir eu connaissance de ces transactions. Une version jugée peu crédible par les procureurs, qui soulignent la proximité politique et personnelle du couple au moment des faits. Début décembre, le ministère public a requis 15 ans de prison et une lourde amende à l’encontre de Kim Keon Hee, estimant qu’elle s’était placée « au-dessus des lois » et qu’elle avait porté atteinte au principe constitutionnel de séparation entre la religion et l’État.
De son côté, l’ancienne première dame rejette en bloc ces accusations, qu’elle qualifie de « profondément injustes ». Cette affaire s’inscrit dans un contexte politique déjà extrêmement tendu en Corée du Sud, après la destitution puis l’arrestation de Yoon Suk Yeol à la suite de la proclamation d’une loi martiale controversée fin 2024. Une situation inédite, puisque c’est la première fois qu’un ancien président sud-coréen et son épouse se retrouvent simultanément sous le coup de poursuites judiciaires.
Le verdict concernant Kim Keon Hee est attendu le 28 janvier, une échéance très suivie dans un pays encore marqué par cette crise politique majeure.
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