Intelligence artificielle : des médaillés Fields alertent sur les risques pour les mathématiques
Une vingtaine de grands noms des mathématiques tirent la sonnette d’alarme face à l’essor rapide de l’intelligence artificielle dans la recherche. S’ils reconnaissent le potentiel considérable de ces outils, ils redoutent que leur développement sans garde-fous puisse profondément fragiliser la discipline.
L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les laboratoires de recherche, y compris dans un domaine longtemps considéré comme difficilement automatisable : les mathématiques. Mais cette évolution suscite désormais des interrogations parmi certains des plus grands spécialistes de la discipline.
Quelque 25 détenteurs de la médaille Fields, distinction considérée comme l’équivalent du Nobel en mathématiques, ont signé vendredi une lettre ouverte dans laquelle ils alertent sur les conséquences que pourrait avoir l’utilisation croissante de l’IA dans leur domaine.
Une technologie aux capacités inédites
Les chercheurs reconnaissent que l’intelligence artificielle pourrait constituer un formidable outil pour les mathématiciens. Elle pourrait notamment accélérer certaines recherches, faciliter l’exploration de problèmes complexes et contribuer à faire émerger de nouvelles pistes de réflexion.
Mais cette perspective positive s’accompagne de nombreuses interrogations sur la manière dont ces technologies seront développées et utilisées.
Selon les signataires, l’avenir de la discipline dépendra largement des choix effectués par les entreprises et les chercheurs qui contrôlent ces systèmes. L’IA pourrait ainsi devenir un puissant instrument au service des mathématiques, mais aussi produire des effets contraires si son déploiement n’est pas suffisamment encadré.
Une polémique après une avancée revendiquée par OpenAI
Cette prise de position intervient quelques jours après une annonce spectaculaire d’OpenAI. L’entreprise à l’origine de ChatGPT a affirmé qu’un de ses modèles avait réussi, en moins de quatre jours, à résoudre un problème mathématique vieux de plus d’un siècle.
L’annonce a cependant rapidement suscité des interrogations. Le mathématicien australien Tristan Buckmaster a publiquement évoqué des ressemblances entre le résultat présenté par le modèle d’IA et certains de ses propres travaux réalisés avant le projet d’OpenAI.
Cette controverse intervient alors que plusieurs entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle annoncent depuis plusieurs mois des avancées dans la résolution de problèmes mathématiques complexes.
Le défi des problèmes du millénaire
La résolution annoncée autour des équations de Navier-Stokes revêt une importance particulière. Ce problème figure parmi les sept « problèmes du millénaire » identifiés en 2000 par le Clay Mathematics Institute.
Ces défis scientifiques, considérés comme certains des problèmes mathématiques les plus difficiles jamais formulés, sont associés à une récompense d’un million de dollars pour chacun d’entre eux.
Les équations de Navier-Stokes cherchent notamment à décrire mathématiquement le comportement des fluides. Leur résolution complète constitue depuis des décennies un défi majeur pour les chercheurs.
Les mathématiciens demandent des réponses aux géants de l’IA
Pour les signataires de la lettre, l’enjeu dépasse donc la seule performance technologique. Ils estiment que la profession devra nécessairement évoluer avec l’arrivée de systèmes capables d’intervenir dans des travaux qui étaient jusqu’ici réalisés exclusivement par des chercheurs humains.
La question centrale devient alors celle du contrôle de ces outils et de leurs conditions d’utilisation. Les médaillés Fields appellent ainsi les grandes entreprises de l’IA à apporter rapidement des réponses aux interrogations soulevées par cette transformation.
L’intelligence artificielle pourrait ouvrir une nouvelle ère pour les mathématiques, en permettant d’explorer des territoires jusqu’ici difficilement accessibles. Mais pour ces chercheurs, son impact sur la discipline ne sera pas automatiquement positif : il dépendra avant tout des décisions humaines qui accompagneront son développement.
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