Syrie : Mazloum Abdi rejoint la présidence après la dissolution des FDS
La transition politique et militaire engagée en Syrie franchit une nouvelle étape. Le président Ahmed al-Charaa a nommé Mazloum Abdi conseiller auprès de la présidence, quelques jours seulement après l’annonce de la dissolution des Forces démocratiques syriennes (FDS) et de leur intégration dans les structures de l’État.
La décision, officialisée par un décret présidentiel publié dans la nuit de jeudi à vendredi, marque le passage d’une figure centrale du mouvement kurde syrien vers les institutions du pouvoir à Damas. Le texte ne précise toutefois pas les missions exactes ni le champ d’intervention qui sera confié à l’ancien commandant des FDS.
D’un commandement militaire à une fonction présidentielle
Connu sous le nom de Mazloum Abdi, Moustafa Khalil Abdi a dirigé pendant plusieurs années les Forces démocratiques syriennes, principale force armée de l’administration autonome kurde dans le nord et le nord-est de la Syrie.
Sa nomination intervient dans le prolongement direct de l’accord conclu entre les autorités de Damas et les responsables kurdes. Deux jours auparavant, depuis le Palais du peuple, Mazloum Abdi avait annoncé la fin des FDS en tant que force militaire indépendante.
Les unités de cette coalition doivent désormais être intégrées dans les brigades de l’armée syrienne, mettant ainsi un terme à l’existence d’une organisation militaire autonome qui contrôlait d’importantes portions du territoire syrien.
Cette évolution représente un tournant majeur dans le processus de reconstruction de l’autorité centrale après des années de fragmentation politique et militaire.
Les FDS, acteur majeur de la lutte contre l’État islamique
Créées en 2015, les Forces démocratiques syriennes avaient progressivement pris une place centrale dans la lutte contre le groupe État islamique en Syrie. Dominée par des combattants kurdes et soutenue par les États-Unis, la coalition était devenue le principal partenaire terrestre de Washington dans les opérations menées contre l’organisation jihadiste.
À leur apogée, les FDS regroupaient environ 100.000 combattants kurdes et arabes. Elles contrôlaient de vastes territoires du nord et du nord-est du pays, comprenant notamment des infrastructures stratégiques, des postes-frontières et plusieurs zones riches en ressources énergétiques.
Cette puissance militaire avait permis aux Kurdes de consolider une forme d’autonomie de fait, construite dans le contexte de la guerre civile syrienne.
La dissolution de cette force marque donc un changement profond dans l’équilibre institutionnel et sécuritaire du pays.
Damas consolide son projet de réunification
Pour le président Ahmed al-Charaa, l’intégration des FDS dans l’appareil d’État constitue une avancée importante dans la stratégie de réunification du territoire syrien.
La disparition de cette structure militaire autonome permet à Damas de renforcer son contrôle sur l’organisation des forces armées, mais également sur plusieurs infrastructures et ressources stratégiques qui échappaient jusque-là directement à l’autorité centrale.
Les arrangements ayant conduit à cette intégration avaient été engagés au début de l’année 2026, après une période marquée par de violents affrontements. Leur application progressive a ouvert la voie à une restructuration des rapports entre les autorités centrales et les forces kurdes.
Cette recomposition s’est également déroulée dans un contexte d’évolution de la position américaine. Washington, longtemps principal soutien des FDS, a parallèlement renforcé ses relations avec les nouvelles autorités installées à Damas.
Les droits kurdes au cœur de la nouvelle étape
Si la nomination de Mazloum Abdi à la présidence constitue un signal politique fort, elle ne règle pas l’ensemble des questions soulevées par l’accord entre Damas et les responsables kurdes.
En acceptant la dissolution de leur principale force armée, les Kurdes ont renoncé à une partie importante de l’autonomie acquise au cours de la guerre. En contrepartie, les garanties politiques, culturelles et linguistiques promises par les autorités syriennes deviennent désormais centrales.
Ahmed al-Charaa avait notamment signé un décret reconnaissant les Kurdes comme une composante nationale de la Syrie et accordant au kurde un statut de langue nationale. Des mesures ont également été engagées pour organiser son enseignement dans les établissements scolaires des régions à majorité kurde.
Ces évolutions constituent un changement majeur dans un pays où la question de la reconnaissance des droits kurdes a longtemps été au centre des tensions politiques.
Mazloum Abdi a toutefois rappelé que l’intégration institutionnelle ne mettait pas un terme aux revendications de la communauté kurde. L’enjeu se déplace désormais vers la reconnaissance durable de ces droits dans le cadre constitutionnel de la future Syrie.
Une intégration désormais à l’épreuve des faits
La nomination de l’ancien chef des FDS ouvre ainsi une nouvelle séquence pour la Syrie. Pour Damas, elle symbolise la réussite d’un processus destiné à ramener sous l’autorité de l’État l’une des principales forces armées qui fonctionnaient jusque-là de manière autonome.
Pour les responsables kurdes, cette nouvelle configuration représente à la fois une intégration dans les institutions nationales et un test quant à la réalité des engagements politiques obtenus.
La suite du processus dépendra notamment de la place effective accordée aux représentants kurdes dans les institutions, de l’application des garanties annoncées et de leur éventuelle inscription dans la Constitution.
Après avoir dirigé pendant des années une force militaire autonome, Mazloum Abdi entame désormais une nouvelle étape au sein même de l’appareil présidentiel. Son parcours illustre les profondes transformations en cours dans une Syrie qui cherche à reconstruire ses institutions et à redéfinir l’équilibre entre pouvoir central, communautés et territoires.
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