Visa face à Mastercard : la guerre des infrastructures stablecoin s’intensifie
Visa doit désormais revoir sa stratégie d’infrastructure stablecoin. Le géant américain des paiements recherche un nouveau partenaire capable d’assurer des opérations de règlement et de liquidité en stablecoins, après le rachat de BVNK par son principal concurrent, Mastercard. L’opération, finalisée le 3 août 2026, illustre l’intensification de la bataille entre les grands réseaux de paiement autour des actifs numériques.
Selon les informations rapportées par CoinDesk et reprises dans le dossier présenté, Visa aurait lancé une procédure de sélection afin d’identifier un prestataire spécialisé dans les paiements en stablecoins et les opérations de gré à gré, ou OTC. Le futur partenaire devra notamment disposer d’autorisations lui permettant d’opérer sur plusieurs marchés clés, dont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et Singapour.
L’enjeu dépasse la simple recherche d’un fournisseur. Visa cherche à sécuriser une infrastructure capable de soutenir ses ambitions dans les paiements numériques, alors que les stablecoins prennent progressivement une place plus importante dans les transferts internationaux, les règlements entre entreprises et les opérations de trésorerie.
Le rachat de BVNK change la donne
Le départ de BVNK du dispositif de Visa intervient à la suite d’une opération stratégique majeure. Mastercard a finalisé le 3 août l’acquisition de cette entreprise spécialisée dans l’infrastructure des paiements en stablecoins. Le montant de la transaction peut atteindre 1,8 milliard de dollars, dont 300 millions de dollars liés à des objectifs de performance.
Fondée à Londres, BVNK s’est développée autour d’une infrastructure permettant aux entreprises de déplacer, convertir et régler des fonds en monnaies traditionnelles et en actifs numériques. La société revendique notamment plus de 40 licences et autorisations réglementaires à travers plusieurs juridictions.
Pour Mastercard, cette acquisition vise précisément à rapprocher les infrastructures blockchain des réseaux de paiement traditionnels. Le groupe explique que l’intégration de BVNK doit lui permettre de faciliter les mouvements de valeur entre monnaies fiduciaires et stablecoins, notamment pour les paiements transfrontaliers, les remises de fonds, les règlements et la gestion de trésorerie.
Pour Visa, en revanche, l’opération crée un vide dans une infrastructure qui était devenue stratégique. L’entreprise doit désormais identifier un autre acteur capable de répondre à des exigences réglementaires et opérationnelles particulièrement élevées.
Des critères de sélection particulièrement exigeants
La recherche menée par Visa s’annonce d’autant plus complexe que le nombre de candidats potentiels est limité.
Le prestataire recherché doit être capable d’intervenir dans plusieurs grands marchés et de proposer des services combinant règlement, liquidité et opérations OTC. La capacité à travailler dans des environnements réglementaires différents constitue donc un critère déterminant.
Cette exigence reflète une difficulté centrale du marché des stablecoins : disposer d'une technologie performante ne suffit plus. Les acteurs institutionnels doivent également pouvoir démontrer leur conformité, leur solidité opérationnelle et leur capacité à gérer des flux financiers internationaux.
Le profil de BVNK illustre cette évolution. La société revendique aujourd’hui une présence dans plus de 130 pays et une infrastructure permettant aux entreprises d’envoyer, recevoir, convertir et conserver des stablecoins.
Open USD, nouvelle pièce maîtresse de la stratégie de Visa
La recherche de Visa intervient alors que le groupe accélère parallèlement le développement de ses propres infrastructures dédiées aux stablecoins.
Le 16 juillet 2026, Visa a annoncé le lancement de la Visa Stablecoin Platform, une plateforme destinée aux institutions financières, aux fintechs et aux acteurs spécialisés dans les actifs numériques. Elle doit permettre à ces entreprises d’accéder, depuis un même environnement, à différentes fonctions liées aux stablecoins, notamment leur conservation, leur transfert et leur remboursement.
Le premier actif pris en charge par cette plateforme est Open USD, également désigné par le ticker OUSD.
Ce choix n’est pas anodin. Open USD a été dévoilé le 30 juin par Open Standard, un consortium réunissant plus de 140 entreprises issues des secteurs des paiements, de la finance, de la technologie et des actifs numériques. Visa, Mastercard, Stripe, Coinbase et BlackRock figurent parmi les partenaires du projet.
Conçu comme un stablecoin indexé sur le dollar américain, Open USD ambitionne de faciliter les paiements numériques à grande échelle. Son modèle prévoit notamment la possibilité pour les entreprises de créer et de racheter des jetons sans frais, sans plafond artificiel de volume, tandis qu’une grande partie des revenus générés par les réserves doit revenir aux participants de l’écosystème après déduction des frais de gestion.
Une alliance paradoxale entre concurrents
Le projet Open USD révèle également une situation inhabituelle dans l’industrie des paiements. Visa et Mastercard, concurrents historiques, participent tous deux à la même initiative consacrée aux stablecoins.
Cette coopération ponctuelle ne signifie toutefois pas la disparition de la rivalité. Au contraire, les deux groupes cherchent chacun à contrôler une partie stratégique de la nouvelle infrastructure financière.
Mastercard a choisi de renforcer son dispositif par une acquisition majeure avec BVNK. Visa privilégie pour sa part une approche fondée sur sa propre plateforme et sur des partenariats avec des prestataires spécialisés.
Cette différence de stratégie pourrait devenir déterminante à mesure que les stablecoins quittent progressivement leur usage principalement associé aux marchés crypto pour s’intégrer aux paiements commerciaux et transfrontaliers.
La course à l’infrastructure s’accélère
La dynamique actuelle dépasse largement le duel entre Visa et Mastercard. Stripe avait déjà marqué le secteur en rachetant Bridge, spécialiste de l’infrastructure stablecoin, pour environ 1,1 milliard de dollars fin 2024. Le secteur voit ainsi émerger une véritable course à la maîtrise des couches techniques permettant d’émettre, de transférer, de convertir et de régler les actifs numériques.
Open USD s’inscrit dans cette compétition. Soutenu par un vaste consortium, le projet entend proposer une infrastructure ouverte et orientée vers les besoins des entreprises. Son lancement est prévu plus tard en 2026, avec notamment une émission native sur la blockchain Solana.
Pour les réseaux de paiement, l’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si les stablecoins seront utilisés à grande échelle. Il consiste désormais à déterminer qui contrôlera les infrastructures permettant leur circulation.
Visa face à un choix stratégique
La recherche d’un nouveau partenaire apparaît ainsi comme une étape importante dans la stratégie de Visa. Le groupe dispose déjà d’une plateforme dédiée aux stablecoins, mais doit compléter cet écosystème avec des acteurs capables de fournir des capacités de règlement, de liquidité et d’exécution dans plusieurs juridictions.
Le défi sera également de préserver une certaine flexibilité. Dans un marché où les stablecoins, les blockchains et les cadres réglementaires évoluent rapidement, dépendre d’un seul prestataire peut représenter un risque stratégique.
Le rachat de BVNK par Mastercard montre surtout que les infrastructures situées derrière les stablecoins deviennent elles-mêmes des actifs convoités. À mesure que les paiements numériques gagnent en maturité, la bataille pourrait se déplacer progressivement des cartes et des réseaux traditionnels vers les technologies qui permettent de déplacer la valeur en temps réel.
Pour Visa comme pour Mastercard, la prochaine étape ne consiste donc plus seulement à accompagner l’essor des stablecoins. Elle consiste à prendre position au cœur de l’infrastructure financière qui pourrait les porter à l’échelle mondiale.
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