Baisse des naissances au Maghreb : une mutation démographique durable
Le Maghreb traverse une transformation démographique majeure marquée par une baisse continue du taux de natalité. Selon une récente étude publiée par l’Institut national d’études démographiques (INED) en France, cette évolution touche simultanément le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, redessinant progressivement la structure sociale et économique de la région.
Durant les années 1970, les familles maghrébines comptaient en moyenne entre sept et huit enfants par femme. Cette situation a profondément changé à partir des années 1990 avec une diminution rapide de la fécondité, tendance qui se poursuit encore aujourd’hui.
Au Maroc, le taux de fécondité a atteint 1,97 enfant par femme en 2024, soit un niveau historiquement bas. En Tunisie, ce chiffre est descendu à 1,58 en 2023 et pourrait avoir encore reculé en 2024. L’Algérie conserve un taux légèrement plus élevé avec 2,61 enfants par femme, bien que le pays connaisse également une baisse progressive.
L’étude souligne que l’Algérie avait pourtant enregistré un rebond démographique entre 2000 et 2017, avec plus de trois enfants par femme. La Tunisie avait également connu une légère reprise jusqu’en 2014 avant de renouer avec une tendance baissière. Le Maroc, quant à lui, a connu une diminution continue et régulière de sa natalité depuis plusieurs décennies.
Les chercheurs expliquent cette évolution par plusieurs facteurs sociaux et économiques. En Tunisie, le recul de l’âge du mariage joue un rôle important, les femmes se mariant désormais autour de 29 ans en moyenne. Au Maroc, l’utilisation des moyens de contraception s’est fortement développée, avec près de 71 % des femmes mariées ayant recours à des méthodes de planification familiale.
L’allongement des études et l’entrée plus tardive des jeunes sur le marché du travail, notamment des femmes, contribuent également à cette transition démographique observée dans toute la région maghrébine.
Cette baisse de la natalité entraîne en parallèle un vieillissement progressif de la population. En Tunisie, la part des personnes âgées de plus de 60 ans est passée de 8 % en 1997 à 17 % en 2024. Le phénomène reste plus modéré au Maroc et en Algérie, mais les spécialistes estiment que le vieillissement de la population devrait s’accélérer dans les prochaines années.
Les experts considèrent que cette mutation démographique représente un défi majeur pour les États du Maghreb, qui devront adapter leurs politiques publiques en matière de santé, d’emploi, de retraite et de protection sociale afin de répondre aux besoins d’une population en pleine évolution.
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