Élevage : le Maroc accélère la reconstruction de son cheptel national
Alors que les chiffres officiels faisaient état d’un nombre de têtes de bétail théoriquement suffisant pour couvrir les besoins liés à l’Aïd al-Adha, la réalité du marché a révélé des tensions plus importantes que prévu. Plusieurs facteurs économiques et structurels ont contribué à réduire l’offre disponible, poussant les autorités et les professionnels à envisager de nouvelles mesures pour renforcer durablement le cheptel national.
Au cours des derniers mois, la hausse persistante des prix de la viande rouge a modifié le comportement des éleveurs. Face à l’augmentation des coûts d’alimentation et aux incertitudes entourant le marché, de nombreux producteurs ont choisi d’orienter leurs animaux vers les abattoirs plus tôt que prévu. Cette tendance a eu pour conséquence de diminuer le nombre de béliers disponibles pour la période du sacrifice.
Parallèlement, les programmes de soutien destinés à préserver les femelles reproductrices ont encouragé les éleveurs à conserver davantage de brebis afin de garantir le renouvellement du cheptel. Si cette stratégie répond à un objectif de long terme, elle a également réduit le volume d’animaux proposés à la vente pour l’Aïd.
Les spécialistes soulignent également que les données statistiques globales ne reflètent pas toujours la disponibilité réelle des animaux répondant aux critères requis pour le sacrifice. Une partie du cheptel recensé peut être constituée d’animaux trop jeunes, trop âgés ou présentant certaines limitations physiques. D’autres têtes ont déjà été destinées à la consommation ou à différentes célébrations familiales au cours de l’année.
Au-delà de ces éléments conjoncturels, le secteur de l’élevage connaît une transformation profonde. La production tend à se concentrer entre les mains d’exploitations de grande taille qui privilégient les systèmes d’engraissement intensif. Cette évolution, basée sur l’utilisation d’aliments industriels, entraîne une augmentation des coûts de production et modifie l’équilibre traditionnel de la filière.
Les intermédiaires continuent également de jouer un rôle central dans la distribution du bétail à travers le pays. Grâce à leurs capacités financières et logistiques, ils assurent l’acheminement des animaux vers les régions où la demande est la plus forte, compensant les difficultés rencontrées par de nombreux petits éleveurs.
Face à ces défis, plusieurs pistes sont envisagées pour reconstruire progressivement le cheptel national. La première consiste à soutenir l’importation de brebis destinées à la reproduction afin d’accélérer le renouvellement des effectifs et d’améliorer la diversité génétique des troupeaux.
La deuxième priorité concerne la modernisation des techniques de reproduction. Le développement de l’insémination artificielle pourrait permettre d’améliorer la productivité des races destinées à la production de viande tout en préservant les animaux les plus recherchés pour l’Aïd, notamment la race Sardi.
Enfin, les experts plaident pour une diversification accrue de l’élevage à travers la valorisation de races rustiques telles que D’man et Timahdite. Réputées pour leur capacité d’adaptation aux conditions climatiques difficiles, leur fertilité et leurs coûts d’élevage relativement faibles, elles apparaissent comme des solutions prometteuses pour renforcer la résilience du secteur et maintenir des prix plus accessibles aux consommateurs.
Dans un contexte marqué par les changements climatiques, la pression sur les ressources naturelles et l’évolution des habitudes de consommation, la reconstitution du cheptel s’impose désormais comme un enjeu stratégique pour assurer la sécurité alimentaire et la stabilité du marché de la viande rouge au Maroc.
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