Gares routières : le Maroc engage une réforme structurelle pour une gestion modernisée
Les gares routières marocaines amorcent un tournant stratégique. Longtemps pointées du doigt pour leur gestion fragmentée, le manque d’entretien et la persistance de pratiques informelles, ces infrastructures essentielles à la mobilité nationale sont désormais au cœur d’un vaste chantier de réforme. L’ambition affichée par l’Exécutif est de les repositionner comme de véritables équipements urbains structurants, répondant aux exigences de sécurité, de qualité de service et de transparence.
Une compétence locale dans un cadre national harmonisé
Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a rappelé que la création et la gestion des gares routières relèvent des attributions propres des collectivités territoriales, conformément à la logique de la décentralisation. Les communes sont ainsi appelées à jouer un rôle central dans la planification, la réalisation et l’exploitation de ces infrastructures.
Toutefois, cette autonomie s’inscrit dans un cadre national unifié. Le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, met en avant l’élaboration d’un référentiel technique commun, considéré comme la pierre angulaire de la réforme. Sécurité des passagers, qualité des équipements, accessibilité pour les personnes en situation de handicap et cohérence architecturale devront désormais répondre à des standards harmonisés à l’échelle du Royaume.
Un projet d’arrêté ministériel, en phase avancée, viendra fixer les caractéristiques techniques obligatoires. Les porteurs de projets devront se conformer à un cahier des charges strict, intégrant notamment l’adéquation entre la capacité d’accueil et les besoins réels, la présence de dispositifs de contrôle et le respect des normes d’accessibilité.
Encadrer les pratiques irrégulières
La réforme vise également à mettre fin à certaines pratiques jugées contraires à la réglementation, telles que la délivrance d’autorisations communales pour des activités d’embarquement ou de transport de marchandises en dehors des enceintes officielles. L’exploitation du domaine public à ces fins est considérée comme dépourvue de base légale et incompatible avec l’objectif de régulation et de structuration du secteur.
En renforçant le cadre normatif, les autorités entendent sécuriser les opérations, protéger les usagers et restaurer la crédibilité des gares routières en tant qu’espaces organisés et réglementés.
Modernisation et digitalisation du pilotage
Au-delà des aspects juridiques, la modernisation de la gestion constitue un axe majeur du nouveau modèle. Le ministère de l’Intérieur accompagne, dans une première phase, plusieurs communes dans la création de sociétés de développement local, conçues pour professionnaliser l’exploitation des gares routières et améliorer la performance opérationnelle.
Parallèlement, un système d’information centralisé sera progressivement déployé afin de digitaliser les opérations quotidiennes, recenser les trajets et fiabiliser les recettes. Cette digitalisation vise à renforcer la transparence financière, à limiter les pertes liées aux circuits informels et à optimiser le pilotage stratégique de ces infrastructures.
Le défi du financement durable
La question budgétaire demeure toutefois un enjeu déterminant. La ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a souligné les contraintes financières qui pèsent sur de nombreuses collectivités, notamment en matière de maintenance et de réhabilitation.
Le sous-investissement chronique a contribué à la dégradation de plusieurs gares routières et à la détérioration des conditions d’accueil des voyageurs. Pour inverser cette tendance, le gouvernement encourage le recours aux partenariats public-privé et appelle les communes à intégrer ces projets dans leurs programmes d’action, en veillant à mobiliser des mécanismes de financement pérennes.
À travers cette réforme, les autorités entendent faire des gares routières des pôles modernes, sûrs et intégrés au tissu urbain. Un défi de taille, mais aussi une opportunité de reconfigurer durablement l’écosystème du transport interurbain au Maroc.
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