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Croissance et inégalités : 2026 entre espoirs et prudence

Vendredi 16 - 10:44
Croissance et inégalités : 2026 entre espoirs et prudence

L’année 2026 pourrait marquer une amélioration mesurée du niveau de vie au Maroc, portée par une croissance économique attendue supérieure à 5% et un recul progressif du chômage. Selon l’économiste Abdelghani Youmni, interrogé par le magazine Challenge, « les Marocains pourraient connaître une légère hausse de leur pouvoir d’achat, avec une croissance proche de 5,1%, soutenue par la reprise de plusieurs secteurs, une campagne agricole favorable et la dynamique des exportations ».

Le déficit budgétaire pourrait se stabiliser autour de 3,9%, grâce à la consolidation des finances publiques et à la modération des prix de l’énergie, malgré un contexte international incertain.

L’agriculture joue un rôle clé dans ce scénario optimiste. Une pluviométrie favorable pourrait ajouter 1,5 point à la croissance, soit près de 24 milliards de dirhams supplémentaires. À cela s’ajoutent les performances des secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, les exportations d’engrais et le tourisme, dynamisé par les infrastructures liées à la Coupe du monde 2030. Les investissements publics, estimés à 380 milliards de dirhams, pourraient générer près d’un point supplémentaire de croissance par effet d’entraînement.

Malgré ces perspectives encourageantes, des vulnérabilités subsistent. Le marché immobilier résidentiel reste freiné par le coût élevé du foncier et des revenus encore insuffisants pour une large part de la population. La dette publique, qui pourrait dépasser 70% du PIB, limite les marges de manœuvre et alourdit le coût de son financement. Youmni souligne que « la croissance ne bénéficiera pas immédiatement à tous les ménages de manière homogène, mais l’effet de ruissellement pourrait progressivement toucher une part importante de la population, surtout en milieu rural ».

Les réformes sociales, notamment en santé et éducation, bénéficient de budgets croissants (42,4 milliards de dirhams pour la santé et 97,1 milliards pour l’éducation). Cependant, leur financement repose encore largement sur les cotisations des salariés formels et sur le budget général. « Si la croissance ralentit ou si la dette augmente, les équilibres financiers pourraient être fragilisés, créant un système à deux vitesses », avertit l’économiste.

La confiance politique demeure un autre défi majeur. Le système actuel semble davantage orienté vers un réagencement des équilibres au sein de la majorité, sans nécessairement produire de transformations économiques profondes. Youmni insiste sur la nécessité de réformes structurelles, notamment dans la formation professionnelle et le développement de secteurs à forte valeur ajoutée, tels que la robotique, les drones ou la data. Il souligne également que l’orientation fiscale et bancaire favorise les gains rapides au détriment de l’innovation et de la prise de risque.

En conclusion, 2026 pourrait offrir une amélioration progressive des conditions de vie au Maroc, mais cette dynamique restera fragile et inégalement répartie. La croissance pourrait soutenir les revenus ruraux et les classes moyennes, tandis que la consolidation du financement des réformes sociales et la restauration de la confiance politique sont essentielles pour transformer ces perspectives en bénéfices durables pour l’ensemble des citoyens.

 



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