Belyounech : l’archéologie dévoile les secrets d’un paysage médiéval d’exception
Au pied du Jbel Musa, sur la côte méditerranéenne du nord du Maroc, le site historique de Belyounech s’apprête à renouer avec les recherches archéologiques. Après une campagne de relevés topographiques menée du 27 au 31 juillet, une nouvelle phase de fouilles doit débuter en septembre 2026.
L’objectif de cette mission maroco-allemande est de mieux comprendre l’organisation et l’évolution de ce vaste paysage médiéval, marqué par l’agriculture en terrasses, les jardins, l’habitat résidentiel, les infrastructures portuaires et une gestion élaborée des ressources en eau.
Le programme est porté conjointement par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) et l’Institut allemand d’archéologie (DAI) de Madrid. Les recherches sont codirigées par la professeure Asmae El Kacimi et le professeur Felix Arnold.
Cette nouvelle campagne s’inscrit dans la continuité des travaux engagés à partir des années 1970 sous la direction de la professeure Joudia Hassar Benslimane, qui avait contribué à faire connaître l’importance archéologique de Belyounech.
Un territoire stratégique au Moyen Âge
S’étendant sur environ 175 hectares, Belyounech occupe une position particulière au pied du Jbel Musa. Son histoire remonte à plusieurs siècles et son développement est étroitement lié à celui de la ville de Sabta.
À l’origine, le secteur était notamment associé au port de Marsa Musa. Sa situation géographique en faisait un point stratégique pour les échanges maritimes et les opérations militaires en direction d’Al-Andalus.
Le site connaît cependant une période particulièrement importante sous les dynasties almohade et mérinide. Belyounech devient alors à la fois une escale maritime, un espace agricole productif et un territoire de villégiature associé à Sabta.
L’eau au cœur de l’organisation du paysage
La maîtrise de l’eau constitue l’un des éléments majeurs de l’histoire de Belyounech. Les sources disponibles et l’aménagement de canaux d’irrigation ont permis le développement de cultures sur des terrasses aménagées à flanc de montagne.
Selon les sources historiques, le calife almohade Abu Yaqub Yusuf aurait fait améliorer, au XIIe siècle, le système hydraulique destiné notamment à assurer l’approvisionnement en eau de Sabta.
Au début du XIVe siècle, les descriptions de l’historien al-Ansari al-Sabti témoignent de l’importance de l’agglomération. Elles évoquent notamment plusieurs domaines agricoles, des mosquées, des fours, des installations de stockage et des ouvrages fortifiés.
Ces témoignages permettent de mesurer l’importance de Belyounech, qui ne se limitait pas à un simple espace rural, mais formait un ensemble organisé autour de différentes fonctions économiques, résidentielles et stratégiques.
Des jardins et résidences de prestige
La prochaine campagne archéologique cherchera également à approfondir les connaissances sur les espaces résidentiels et de plaisance du site.
Les chercheurs porteront une attention particulière aux jardins, aux exploitations agricoles, aux bains et aux résidences princières de type munya. Ces domaines, associés à la villégiature des élites, pourraient apporter de nouvelles informations sur les modes de vie et l’aménagement des territoires côtiers à l’époque médiévale.
L’étude des saqiyas, les canaux destinés à l’irrigation, occupera également une place importante. Leur analyse devrait permettre de mieux comprendre la manière dont les habitants géraient et distribuaient l’eau entre les différents espaces du territoire.
Des méthodes modernes pour relire l’histoire du site
Les archéologues souhaitent désormais associer les recherches traditionnelles à des techniques modernes de documentation et d’analyse spatiale. Les relevés topographiques réalisés en juillet constituent une première étape destinée à établir une documentation plus précise des vestiges visibles.
De nouveaux secteurs pourront ensuite être explorés lors de la campagne prévue en septembre 2026. Cette approche devrait permettre de mettre en relation les différentes composantes du site : habitations, jardins, espaces agricoles, bains, réseaux hydrauliques et infrastructures liées aux activités maritimes.
L’enjeu dépasse ainsi la simple découverte de nouveaux vestiges. Il s’agit de reconstituer progressivement l’organisation d’un paysage médiéval dans lequel l’eau, l’agriculture, l’habitat et les fonctions stratégiques étaient étroitement associés.
Une histoire scientifique qui se poursuit
La reprise des recherches à Belyounech marque une nouvelle étape dans un programme scientifique engagé il y a plusieurs décennies. La continuité entre les travaux pionniers du XXe siècle et les investigations actuelles permettra de comparer les anciennes observations avec les données issues des nouvelles technologies.
Sous les terrasses du Jbel Musa, le site conserve encore de nombreux éléments susceptibles d’éclairer l’histoire de la région. Les prochaines fouilles pourraient notamment contribuer à mieux comprendre le rôle de Belyounech dans l’économie et l’organisation territoriale de Sabta à son apogée médiévale.
Avec cette nouvelle campagne, Belyounech confirme ainsi son importance dans le patrimoine archéologique marocain et offre aux chercheurs l’occasion de reconstituer, près de mille ans plus tard, les contours d’un paysage où agriculture, architecture, jardins, eau et activités maritimes formaient un ensemble cohérent.
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