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Ciment et climat : un équilibre fragile entre construction et décarbonation

Jeudi 09 Avril 2026 - 16:00
Ciment et climat : un équilibre fragile entre construction et décarbonation

Le Maroc s’apprête à lancer un vaste programme d’infrastructures, comprenant la construction de stades pour la Coupe du monde 2030, le développement du réseau autoroutier, l’extension du parc de logements et la création de nouveaux barrages. Ces projets, vitaux pour soutenir la croissance économique et démographique, reposent sur un matériau incontournable : le ciment. Or, sa production représente déjà entre 8 et 10 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, plaçant l’industrie au cœur des enjeux climatiques.

Cette situation crée une contradiction structurelle. D’un côté, les besoins en construction vont fortement augmenter dans les prochaines décennies. De l’autre, les impératifs environnementaux imposent de réduire significativement les émissions. L’industrie cimentière se trouve ainsi face à un défi majeur : produire davantage tout en limitant son empreinte carbone.

Les solutions classiques de décarbonation montrent certaines limites dans ce secteur. Les cimenteries peuvent recourir aux énergies renouvelables ou remplacer le charbon par des combustibles alternatifs, comme certains déchets. Cependant, une grande partie des émissions provient du processus chimique lui-même. La production du clinker, composant principal du ciment, nécessite la cuisson du calcaire à 1 450 degrés, libérant mécaniquement du dioxyde de carbone, indépendamment de l’énergie utilisée.

Pour répondre à ces contraintes, l’Association professionnelle des cimentiers a présenté une feuille de route visant une réduction de 23 % des émissions d’ici 2030, avec un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Plusieurs leviers opérationnels sont envisagés. L’utilisation de combustibles alternatifs, notamment issus de déchets ménagers transformés, constitue le principal axe, avec un potentiel d’un million de tonnes par an. L’électricité d’origine renouvelable et la réduction de la proportion de clinker dans le ciment sont également mobilisées, mais nécessitent l’adaptation des normes de construction et des pratiques des professionnels du bâtiment. Enfin, l’optimisation énergétique des procédés industriels complète ce dispositif.

Cette transition met en lumière l’interdépendance entre le secteur cimentier et d’autres acteurs économiques. Les collectivités territoriales doivent structurer les filières de valorisation des déchets, le secteur agricole peut fournir des résidus organiques, et les bureaux d’études et architectes doivent ajuster leurs référentiels techniques. Les institutions financières, quant à elles, sont invitées à soutenir cette transformation via des mécanismes de financement dédiés.

Le financement reste un enjeu central. La modernisation des installations, le développement des filières de combustibles alternatifs et l’innovation industrielle représentent des coûts importants, susceptibles d’influer sur le prix du ciment et, par extension, sur le coût global de la construction. Dans un contexte où l’accès au logement reste un défi, l’équilibre entre transition écologique et contraintes économiques apparaît délicat.

Face à ces défis, les industriels soulignent la nécessité d’un cadre réglementaire et économique clair, incluant soutien à l’investissement, mécanismes de tarification du carbone et mesures pour préserver la compétitivité face aux importations moins réglementées.

 


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