Réforme territoriale : Vers une gestion entrepreneuriale des régions au Maroc
Le chantier de la régionalisation avancée s'apprête à franchir un nouveau cap structurel. Ce mardi 28 avril 2026, Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, a dévoilé devant la Commission de l’intérieur à la Chambre des représentants les contours d'une réforme législative majeure. Porté par le projet de loi organique n°031.26, ce texte ambitionne de lever les verrous administratifs qui entravent l'exécution des projets territoriaux, en injectant une dose de culture managériale privée au cœur de l'action publique.
Des agences régionales aux sociétés de développement
La mesure phare de ce projet de loi réside dans la mutation institutionnelle des Agences Régionales d’Exécution des Projets (AREP). Celles-ci devraient se transformer en véritables sociétés, adoptant une logique entrepreneuriale moderne. L'objectif est limpide : fluidifier la prise de décision, mobiliser des financements innovants et gagner en réactivité.
Pour le ministre de l’Intérieur, cette transition ne remet pas en cause le caractère public des missions, mais vise à instaurer une culture de la performance. En clarifiant les compétences et en limitant le nombre d'intervenants, la réforme entend mettre fin à la dispersion des efforts qui nuisait jusqu'alors à la convergence des politiques publiques.
Planification et ressources : Plus de temps et plus de moyens
Conscient que la précipitation nuit à la pertinence des projets, le nouveau texte propose de modifier l'article 83 de la loi organique actuelle. Le délai accordé aux régions pour élaborer leurs Programmes de Développement Régional (PDR) passerait ainsi de 12 à 18 mois. Ce répit supplémentaire doit permettre aux élus locaux de produire des programmations plus réalistes, en phase avec les besoins spécifiques de leurs territoires.
Sur le plan financier, l’État s’apprête à donner les moyens de ses ambitions à cette décentralisation. Abdelouafi Laftit a annoncé que les ressources allouées aux régions atteindraient 12 milliards de dirhams à l’horizon 2027. Toutefois, cette manne financière sera désormais indexée sur le principe de la « dépense liée aux résultats », marquant un tournant vers une reddition des comptes plus stricte.
Un périmètre d'action recentré sur le développement durable
La réforme précise également les domaines de prédilection de l'intervention régionale. La priorité sera donnée à la création de zones d'activité économique, au soutien social et à la transition numérique des services publics.
Dans un contexte de stress hydrique et de défis climatiques, le rôle des régions sera renforcé dans la gestion des ressources en eau et le déploiement des énergies renouvelables. Enfin, le texte consacre la complémentarité entre l’État et les territoires sur des dossiers transversaux tels que le tourisme et la promotion du patrimoine culturel, affirmant ainsi la région comme le moteur principal du développement économique local.
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