Sécurité des frontières : les pays arabes renforcent leur coopération à Tunis
La sécurité des frontières s’impose comme l’un des principaux enjeux de coopération entre les pays arabes. La 18e Conférence arabe des chefs des services de sécurité des frontières, des aéroports et des ports s’est ouverte mercredi à Tunis, réunissant des responsables sécuritaires et plusieurs organisations régionales et internationales autour des moyens de renforcer la coordination face aux menaces transfrontalières.
Organisée au siège du secrétariat général du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, la rencontre rassemble des représentants des services chargés de la surveillance des frontières, des aéroports et des ports des pays arabes. Des représentants de la Ligue des États arabes, de l’Organisation arabe de l’aviation civile, de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), de Frontex et de l’Université arabe Naïf des sciences de la sécurité participent également aux travaux.
Vers une meilleure interconnexion des postes-frontières
Au cœur des discussions figure la nécessité d’améliorer les échanges d’informations entre les différents points de passage.
Les participants examinent notamment les systèmes permettant de connecter les postes-frontières à l’échelle nationale. L’objectif est de faciliter la circulation des informations entre les services concernés et d’améliorer leur capacité à réagir rapidement face aux situations nécessitant une intervention coordonnée.
La conférence étudie également la création d’un mécanisme de communication entre les centres nationaux d’opérations chargés de la sécurité des frontières dans les pays arabes.
Le projet, élaboré à partir des observations et propositions formulées par les États membres, doit permettre de renforcer la coopération opérationnelle et l’échange d’informations entre les différents services.
Les enseignements du Qatar après le Mondial 2022
Les travaux de Tunis doivent également permettre aux participants de prendre connaissance de l’expérience du Qatar dans la sécurisation de ses frontières, de ses aéroports et de ses ports lors de la Coupe du monde de football 2022.
L’organisation d’un événement sportif de cette ampleur avait nécessité la mobilisation de moyens importants pour gérer l’arrivée de millions de voyageurs et assurer la sécurité des infrastructures stratégiques.
Cette expérience doit servir de référence pour examiner les dispositifs permettant de concilier gestion des flux, sécurité et fluidité des déplacements lors des périodes de forte affluence.
Migration irrégulière et criminalité transfrontalière
L’ouverture de la conférence intervient dans un contexte international marqué par une multiplication des défis auxquels sont confrontés les services de contrôle aux frontières.
Le secrétaire général du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, Mohammed Ben Ali Koman, a notamment évoqué les mouvements migratoires provoqués par les guerres, les conflits armés et la dégradation des conditions de vie dans plusieurs régions du monde.
Les effets du changement climatique figurent également parmi les facteurs susceptibles d’accentuer les déplacements de populations, notamment lorsque les activités agricoles et d’élevage deviennent plus difficiles à maintenir.
Selon Mohammed Ben Ali Koman, la position géographique des pays arabes les expose particulièrement aux réseaux de trafic de migrants, de traite des êtres humains et de trafic de stupéfiants, certains territoires servant de zones de transit entre les pays d’origine et les destinations finales.
Une équation entre sécurité et mobilité
Pour les responsables réunis à Tunis, le renforcement des contrôles ne doit toutefois pas se traduire par un ralentissement systématique des déplacements légitimes.
Le président de la conférence, Abdulrahman Al-Arifi, représentant de la Libye, a souligné que les postes-frontières constituent à la fois des espaces de contrôle et des points essentiels pour la circulation des personnes, des marchandises et des échanges commerciaux et touristiques.
La sécurisation de ces infrastructures doit ainsi permettre de trouver un équilibre entre la facilitation des déplacements, le respect des droits de l’Homme et la fluidité du commerce légal, tout en renforçant la capacité des États à prévenir les menaces transfrontalières.
Des technologies à moderniser
La multiplication des formes de criminalité exploitant les flux internationaux pousse également les autorités à revoir leurs méthodes de travail.
Les participants insistent notamment sur la nécessité de renforcer les capacités des services chargés des frontières afin de mieux lutter contre la criminalité organisée, la traite des êtres humains, le trafic de migrants et de stupéfiants.
Le trafic d’armes, la falsification des documents de voyage et d’autres formes de criminalité liées aux déplacements internationaux figurent également parmi les risques identifiés.
La modernisation des procédures et l’amélioration des capacités technologiques apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour renforcer la sécurité sans compromettre la fluidité des échanges.
Une participation marocaine
Le Maroc prend part à cette conférence à travers plusieurs représentants de ses services de sécurité.
Moulay El Hassan Taki, chef du service de gestion des postes-frontières à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), participe aux travaux aux côtés de Mohamed Ighbira, du service des études de la Direction de la police judiciaire.
La présence marocaine intervient dans le cadre des efforts de coopération sécuritaire entre les pays arabes et de l’échange d’expertise sur la gestion des frontières.
Cap sur la conférence euro-arabe de Riyad
Les travaux de Tunis doivent également servir à préparer la troisième édition de la Conférence euro-arabe sur la sécurité des frontières, prévue à Riyad en novembre prochain.
Cette prochaine rencontre devrait prolonger les discussions engagées sur la coopération entre les pays arabes et leurs partenaires européens en matière de contrôle des frontières et de lutte contre les réseaux criminels transnationaux.
À l’issue de la conférence de Tunis, une deuxième réunion du comité conjoint réunissant des experts et des représentants des ministères arabes de la Justice et de l’Intérieur est également prévue.
Cette instance examinera notamment un projet de convention arabe destinée à lutter contre les actes d’intervention illicite visant la sûreté et la sécurité de l’aviation civile.
La multiplication des mécanismes de coopération témoigne ainsi d’une volonté des pays arabes de renforcer leurs dispositifs communs face à des menaces qui dépassent désormais largement les frontières nationales.
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