Zimbabwe : 58 % des habitants envisagent l’émigration sur fond de difficultés économiques
Le désir de partir gagne du terrain au Zimbabwe. Plus d’un adulte sur deux dans le pays, soit 58 % des personnes interrogées, déclare avoir envisagé de s’installer à l’étranger au cours des douze derniers mois. Les difficultés économiques, mais surtout la recherche d’un emploi et de meilleures perspectives professionnelles, apparaissent comme les principaux moteurs de cette volonté de départ.
Ces résultats ressortent d’une enquête menée par Afrobarometer auprès de 1.200 adultes en juin 2024, dans le cadre de sa 10e édition. L’étude met en évidence une propension particulièrement forte à l’émigration chez les jeunes, les habitants des villes et les personnes ayant bénéficié d’un niveau d’études élevé.
Les jeunes et les diplômés davantage tentés par le départ
La volonté d’émigrer varie fortement selon les profils. Parmi les Zimbabwéens ayant suivi des études post-secondaires, 75 % disent avoir réfléchi à un départ à l’étranger. La proportion atteint 68 % chez les 18-35 ans, tandis qu’elle s’établit à 65 % parmi les populations urbaines.
Dans l’ensemble, 34 % des personnes interrogées affirment avoir beaucoup réfléchi à l’idée de quitter le pays. Le phénomène apparaît ainsi particulièrement marqué dans les catégories qui disposent d’un niveau de formation élevé ou qui sont directement confrontées aux difficultés d’insertion professionnelle.
L’écart entre les sexes est également notable : 63 % des hommes déclarent avoir envisagé l’émigration, contre 53 % des femmes. La différence est encore plus visible selon le lieu de résidence, avec 65 % chez les citadins contre 53 % chez les habitants des zones rurales.
L’emploi au cœur des motivations
Derrière les projets de départ se trouve avant tout une recherche de perspectives économiques. Parmi les personnes ayant envisagé de partir, 58 % citent les opportunités professionnelles comme principale motivation.
Les difficultés économiques arrivent ensuite, mentionnées par 23 % des répondants, tandis que 10 % évoquent directement la pauvreté.
Ces chiffres dessinent un phénomène davantage lié à la recherche d’un avenir professionnel qu’à une seule volonté de mobilité internationale. Pour une partie importante de la population, l’étranger apparaît comme un espace susceptible d’offrir des possibilités d’emploi ou de progression économique jugées insuffisantes au niveau national.
L’Afrique du Sud en tête des destinations envisagées
Lorsqu’ils se projettent hors des frontières, les Zimbabwéens privilégient d’abord leur environnement régional. L’Afrique du Sud arrive en tête des destinations citées, avec 38 % des choix exprimés.
L’Europe recueille pour sa part 23 % des préférences, devant l’Amérique du Nord, à 12 %.
Cette hiérarchie souligne l’importance de la proximité géographique dans les projets migratoires. La possibilité de rejoindre un marché du travail régional, notamment en Afrique australe, constitue un facteur important dans les aspirations exprimées par les personnes interrogées.
Une forte demande pour faciliter la circulation régionale
L’enquête fait apparaître un autre élément révélateur : les Zimbabwéens sont largement favorables à une circulation plus fluide des personnes dans la région.
Quelque 76 % des répondants estiment que les citoyens des pays d’Afrique australe devraient pouvoir franchir librement les frontières afin de travailler ou de développer des activités commerciales.
Dans le même temps, les déplacements internationaux restent perçus comme difficiles. 67 % des personnes interrogées considèrent qu’il est difficile, voire très difficile, de traverser les frontières internationales.
Cette situation met en évidence une aspiration à davantage de mobilité régionale, alors même que les obstacles administratifs et économiques continuent de limiter les déplacements.
Le risque d’une perte de compétences
Les résultats d’Afrobarometer attirent particulièrement l’attention sur le profil des candidats potentiels au départ. La forte proportion enregistrée chez les jeunes et les personnes diplômées pose la question des conséquences de cette mobilité sur le capital humain du Zimbabwe.
Lorsque les perspectives professionnelles apparaissent limitées, les catégories les plus qualifiées peuvent être davantage tentées de chercher des débouchés à l’étranger. À terme, cette dynamique peut alimenter les débats sur la capacité du pays à retenir ses compétences et à créer suffisamment d’opportunités pour sa jeunesse.
L’enjeu ne se limite donc pas aux flux migratoires. Il concerne également l’emploi, la formation, le développement économique et la capacité à offrir des perspectives durables à une population jeune.
Un signal pour les politiques économiques
Pour Afrobarometer, les données mettent en évidence la nécessité d’agir sur les facteurs économiques qui encouragent les citoyens à envisager un départ. La création d’emplois et l’amélioration des perspectives professionnelles apparaissent notamment comme des leviers importants pour réduire cette pression migratoire.
L’enquête souligne ainsi un paradoxe : une large majorité de Zimbabwéens souhaite une circulation plus libre au sein de l’Afrique australe, tandis qu’une proportion importante envisage simultanément de quitter le pays pour améliorer ses conditions de vie.
Avec une marge d’erreur de plus ou moins 3 points de pourcentage et un niveau de confiance de 95 %, les résultats fournissent un indicateur significatif des aspirations exprimées par la population interrogée. Ils alimentent désormais la réflexion sur les tendances migratoires et, plus largement, sur les perspectives économiques offertes à la jeunesse zimbabwéenne.
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