Économie digitale africaine : sécuriser pour prospérer
L’Afrique connaît une transformation numérique rapide, portée par l’expansion de l’Internet mobile, le développement des services financiers digitaux et la modernisation des administrations publiques. Mais cette révolution s’appuie sur des fondations fragiles : les cyberattaques ont coûté plus de 3,5 milliards de dollars au continent entre 2019 et 2025, révélant des vulnérabilités structurelles et faisant de la cybersécurité un enjeu économique majeur.
Selon l’Union internationale des télécommunications et la Banque mondiale, le taux de pénétration d’Internet est passé d’environ 28 % en 2019 à près de 38 % en 2023, soit plus de 500 millions d’Africains connectés. Cette connectivité favorise la croissance du commerce en ligne, des services financiers mobiles et des plateformes logistiques, tout en intégrant progressivement les secteurs informels dans l’économie formelle.
Cependant, cette digitalisation rapide expose les entreprises et les administrations à des risques accrus. Les systèmes d’information, souvent obsolètes ou insuffisamment protégés, sont des cibles privilégiées pour des cybercriminels locaux et internationaux. Interpol estime que plus des deux tiers des États africains considèrent désormais la cybercriminalité comme une menace sérieuse pour leur sécurité nationale.
Le secteur financier est particulièrement touché. Entre banques, fintechs et services de paiement mobile, près de 44 % des attaques recensées en Afrique de l’Ouest en 2022 visaient le domaine financier. Les vecteurs principaux sont le phishing, la fraude aux cartes bancaires, les compromissions d’emails professionnels et les rançongiciels. Les pertes moyennes par incident peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars, dépassant souvent les budgets annuels consacrés à la cybersécurité.
Les petites et moyennes entreprises (PME), essentielles à l’économie africaine, restent les plus vulnérables. Moins d’un quart d’entre elles disposent de systèmes de détection d’incidents et très peu bénéficient d’une assurance cyber. Les attaques peuvent provoquer des pertes financières immédiates, des interruptions d’activité et, dans le cas des rançongiciels, obliger certaines PME à choisir entre payer ou arrêter leur activité.
Les administrations publiques ne sont pas épargnées. Des attaques massives contre les systèmes fiscaux, les registres d’état civil ou les infrastructures critiques, comme celle survenue au Kenya en 2023, montrent la dépendance croissante des économies africaines aux infrastructures numériques. L’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte figurent parmi les nations les plus ciblées.
Face à ces menaces, les réponses nationales restent inégales. Certains pays, dont l’Afrique du Sud, le Maroc, le Ghana et l’Île Maurice, ont mis en place des stratégies complètes combinant législation, institutions spécialisées et coopération internationale. Mais plus de la moitié des pays africains n’ont pas encore de cadre légal solide pour protéger les données, et moins d’un tiers ont ratifié la Convention de Malabo sur la cybersécurité.
Le marché africain de la cybersécurité, estimé à 2,5 milliards de dollars en 2020 et projeté à 3,7 milliards en 2025, reste insuffisant pour couvrir les besoins. Il manque cruellement de professionnels : seulement 10 000 experts en cybersécurité sont disponibles, alors que la demande serait dix fois supérieure. Les initiatives de formation et de sensibilisation se multiplient, mais leurs effets restent progressifs.
La décennie à venir sera déterminante : si les vulnérabilités persistent, la cybercriminalité pourrait freiner durablement l’essor numérique du continent. À l’inverse, un investissement stratégique dans la sécurité, les compétences et la coopération régionale pourrait transformer la cybersécurité en levier de compétitivité et de résilience.
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