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Cinéma marocain : 2025, l’affirmation d’un secteur en pleine maturité

Jeudi 01 Janvier 2026 - 23:50
Par: Naji khaoula
Cinéma marocain : 2025, l’affirmation d’un secteur en pleine maturité

L’année 2025 s’impose comme un jalon décisif dans l’histoire contemporaine du cinéma marocain. Plus qu’une embellie passagère, elle consacre la rencontre longtemps attendue entre une volonté politique affirmée, une structuration industrielle progressive et une création artistique arrivée à maturité. Rarement le septième art n’a occupé une place aussi centrale dans le débat public, à la fois comme levier économique, outil de rayonnement et espace d’expression sensible.

Cette centralité nouvelle ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans un contexte régional et international où les images, les récits et les plateformes audiovisuelles sont devenus de véritables instruments d’influence culturelle. Dans ce paysage concurrentiel, le Maroc a progressivement intégré le cinéma à une stratégie plus large, dépassant la seule politique culturelle pour toucher à la diplomatie douce, à l’attractivité économique et à la projection symbolique du Royaume à l’étranger.

Au Parlement, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaïd, a donné à 2025 sa colonne vertébrale. À travers plusieurs interventions, il a défendu une vision dans laquelle le cinéma cesse d’être perçu comme un secteur marginal pour s’inscrire pleinement dans les industries culturelles et créatives. Les chiffres avancés sont révélateurs : le budget de la culture dépasse désormais 1,3 milliard de dirhams et la contribution du secteur culturel avoisine 1 % du PIB, avec l’objectif affiché de doubler ce ratio à moyen terme. Le cinéma apparaît ainsi comme l’un des moteurs les plus visibles de cette stratégie.

Au-delà des données macroéconomiques, le discours officiel a insisté sur la nécessité de penser le cinéma comme une chaîne complète, de l’écriture à la diffusion. Formation, professionnalisation des métiers techniques, modernisation des salles et accompagnement des jeunes talents figurent parmi les priorités mises en avant. L’enjeu est clair : créer un environnement stable capable de retenir les compétences locales tout en attirant des investissements étrangers.

Cette orientation s’est traduite par des réformes structurelles majeures. L’entrée en vigueur de la loi n° 18.23 relative à l’industrie cinématographique et à la réorganisation du Centre cinématographique marocain a redéfini les règles du jeu. Soutien public mieux encadré, modernisation des salles et clarification des mécanismes de production et de distribution ont constitué les principaux axes de cette refonte. Le Fonds d’aide à la production a, de son côté, poursuivi son rôle central en soutenant plusieurs dizaines de projets, allant du long métrage au documentaire, pour une enveloppe globale de plusieurs dizaines de millions de dirhams.

Présentée comme une réponse à des dysfonctionnements anciens – concentration de l’aide, fragilité des exploitants, difficultés d’accès au financement pour les jeunes réalisateurs –, cette réforme suscite encore la prudence des professionnels. Mais l’année 2025 aura au moins permis de poser un cadre lisible, longtemps attendu par l’ensemble de la filière.

Parallèlement, le Maroc a confirmé son attractivité comme terre de tournages internationaux. Le projet The Odyssey de Christopher Nolan, tourné en grande partie dans le Royaume, a mobilisé des centaines de techniciens locaux et illustré la capacité du pays à accueillir des productions de grande envergure. Ces tournages génèrent des retombées économiques immédiates et favorisent le transfert de savoir-faire, contribuant à la montée en compétence des équipes nationales et au renforcement de la visibilité du Maroc comme hub cinématographique régional.

Mais l’essentiel s’est aussi joué sur les écrans. La création marocaine a connu en 2025 une densité remarquable. Calle Málaga de Maryam Touzani s’est imposé comme l’un des films marquants de l’année, célébrant Tanger comme territoire de mémoire, d’exil et d’appartenance, avec une finesse d’écriture saluée par la critique. Dans un registre plus âpre, Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek a exploré les zones troubles des rapports affectifs et sociaux, confirmant l’émergence d’un cinéma féminin audacieux et résolument contemporain.

Ces œuvres témoignent d’une évolution sensible de l’écriture cinématographique marocaine, plus introspective, plus attentive aux non-dits et plus confiante dans sa capacité à toucher un public au-delà des frontières nationales. Elles traduisent une maturité narrative qui privilégie la suggestion et la complexité plutôt que les schémas explicatifs.

La reconnaissance internationale s’est également incarnée dans des parcours individuels. Nadia Kounda a été sacrée meilleure actrice à Bruxelles pour Les Fourmis de Yassine Fennane, tandis qu’Ayoub Gretaa a intégré la sélection des Révélations masculines des Césars 2026. Ces distinctions confirment la visibilité croissante des talents marocains sur la scène internationale.

L’année 2025 a enfin été marquée par un retour sur la mémoire cinématographique nationale. La consécration de plusieurs films marocains parmi les cent chefs-d’œuvre du cinéma arabe de tous les temps a rappelé que la vitalité actuelle s’inscrit dans une histoire longue, faite d’audaces esthétiques et de résistances créatives.

Reste un défi majeur : le public. Malgré les avancées industrielles et artistiques, la fréquentation des salles demeure inégale et concentrée. Les pouvoirs publics reconnaissent que sans diffusion élargie et sans éducation à l’image, aucune politique ne peut produire d’effets durables, notamment en dehors des grands centres urbains.

2025 aura néanmoins posé les fondations d’un cinéma marocain plus structuré, plus visible et plus ambitieux. Entre chiffres et récits, cette année marque surtout la fin d’une hésitation. Le cinéma marocain assume désormais sa double identité : une industrie en construction et une création en pleine affirmation, conscientes que l’une ne peut durablement exister sans l’autre.


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