Emmerson Mnangagwa : vers une nouvelle prolongation de la présidence au Zimbabwe ?
Une déclaration d’Emmerson Mnangagwa relance les interrogations sur la durée de son maintien à la tête du Zimbabwe. Alors que son deuxième mandat devait initialement prendre fin en 2028 et que la récente réforme constitutionnelle lui permet désormais de rester en fonction jusqu’en 2030, le président zimbabwéen a laissé entendre qu’il pourrait encore être aux commandes plusieurs années plus tard.
S’exprimant à Masvingo, dans le sud-est du pays, à l’occasion de l’Expo mondiale du tourisme du Zimbabwe, le chef de l’État a évoqué un prochain rendez-vous dans neuf ans. Il a alors assuré qu’il serait « toujours là », une remarque accueillie par les applaudissements et les rires du public.
Derrière le ton léger de cette intervention se profile toutefois une question politique majeure : celle de la volonté d’une partie du pouvoir de prolonger davantage la présidence de Mnangagwa.
Une réforme constitutionnelle qui repousse déjà l’échéance
Cette déclaration intervient quelques semaines seulement après l’entrée en vigueur de la réforme connue sous le nom de CAB3. Promulguée début juillet, celle-ci a profondément modifié plusieurs dispositions de la Constitution adoptée en 2013.
La réforme porte notamment de cinq à sept ans la durée des mandats présidentiel et parlementaire. Son application permet ainsi à Mnangagwa d’éviter une nouvelle élection présidentielle en 2028 et de poursuivre son mandat jusqu’en 2030.
Le processus de réforme avait été lancé à Masvingo, une province politiquement symbolique pour le président. Ce changement constitutionnel a rapidement suscité des interrogations sur l’évolution du système politique zimbabwéen et sur les limites imposées à l’exercice du pouvoir présidentiel.
Des appels à une prolongation jusqu’en 2037
Au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe, des voix favorables à une nouvelle prolongation du mandat présidentiel commencent également à se faire entendre.
Selon des sources politiques et des responsables de formations zimbabwéennes, un courant militerait pour que Mnangagwa puisse rester à la présidence jusqu’en 2037. Une telle perspective prolongerait considérablement sa présence à la tête du pays.
Arrivé au pouvoir en 2017 après la chute de Robert Mugabe, Mnangagwa a été élu président en 2018 avant d’obtenir un nouveau mandat en 2023. Ce dernier scrutin avait toutefois été contesté par l’opposition, qui avait dénoncé plusieurs irrégularités.
À 83 ans, le président pourrait ainsi continuer à exercer le pouvoir bien au-delà de la période initialement prévue lors de son accession à la présidence.
Le mode d’élection présidentielle également transformé
La réforme constitutionnelle ne concerne pas uniquement la durée des mandats. CAB3 prévoit également une modification du mécanisme de désignation du chef de l’État.
L’élection présidentielle au suffrage universel direct doit laisser place à un système dans lequel le président serait choisi au sein du Parlement. Ce changement constitue une rupture importante avec le mode de scrutin instauré par la Constitution de 2013.
Pour ses détracteurs, cette évolution nourrit les inquiétudes concernant la concentration du pouvoir et l’avenir du processus démocratique au Zimbabwe. Elle intervient dans un contexte où le pays reste marqué par les débats sur la succession politique et les conditions d’organisation des élections.
Une présidence appelée à durer ?
Depuis son arrivée au pouvoir, Mnangagwa s’est présenté comme l’homme chargé de poursuivre la transformation du Zimbabwe après près de quatre décennies de règne de Robert Mugabe.
Mais la réforme CAB3 et les nouvelles spéculations sur une éventuelle prolongation jusqu’en 2037 pourraient désormais modifier profondément la perception de sa présidence. Si une telle hypothèse venait à se concrétiser, Mnangagwa pourrait rester au pouvoir pendant près de deux décennies.
Pour l’heure, aucune décision définitive ne confirme une prolongation au-delà de 2030. Mais les déclarations du président, combinées aux appels provenant de son propre camp, suffisent à replacer la question de la succession au centre du débat politique zimbabwéen.
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