Maroc : l’ONCF investit 29 milliards de dirhams dans 168 nouveaux trains
Trois constructeurs internationaux, 29 milliards de dirhams d’investissement et des projets structurants : le Maroc engage une profonde modernisation de son parc ferroviaire afin d’accompagner la croissance des mobilités et les grands chantiers prévus d’ici 2030.
Le Maroc franchit une nouvelle étape dans la transformation de son système ferroviaire. L’Office national des chemins de fer (ONCF) a finalisé l’attribution des marchés portant sur l’acquisition de 168 trains de nouvelle génération, pour une enveloppe globale de 29 milliards de dirhams. Annoncé en février 2025, ce programme doit à la fois renouveler le parc existant et soutenir l’augmentation attendue du trafic ferroviaire au cours des prochaines années.
L’ambition dépasse toutefois le simple renouvellement du matériel roulant. Cette commande s’inscrit dans un programme ferroviaire plus large destiné à accompagner l’extension de la grande vitesse, le développement de services régionaux et métropolitains ainsi que l’évolution des besoins de mobilité à l’approche de 2030.
Trois constructeurs pour trois niveaux de mobilité
Le programme repose sur une répartition entre trois industriels majeurs du secteur ferroviaire mondial. Le constructeur français Alstom a été retenu, avec Alstom Railways Maroc, pour fournir 18 trains à grande vitesse. Ces nouvelles rames sont destinées notamment à accompagner le développement de la ligne à grande vitesse et son extension vers Marrakech.
Le groupe espagnol Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF) fournira pour sa part 40 trains Intervilles. Ces rames doivent renforcer les liaisons classiques entre les principales villes marocaines et contribuer à améliorer la capacité et la qualité des déplacements interurbains.
La commande la plus importante en volume revient à Hyundai Rotem. Le constructeur sud-coréen doit fournir 110 trains destinés aux services de proximité, notamment les trains navettes rapides et les futurs services de type RER. Cette composante doit jouer un rôle central dans le développement des mobilités régionales et métropolitaines.
Cette répartition permet ainsi de couvrir plusieurs segments du transport ferroviaire : grande vitesse, liaisons interurbaines et mobilité quotidienne dans les grandes agglomérations.
Une commande pensée pour accompagner la croissance du trafic
Pour l’ONCF, l'enjeu est double : remplacer progressivement une partie du parc existant tout en augmentant les capacités disponibles face à la progression de la demande. Le programme de 168 trains constitue l’un des principaux volets du nouveau cycle de développement ferroviaire engagé à l’horizon 2030.
Cette stratégie intervient alors que le Maroc poursuit plusieurs projets d’infrastructures destinés à renforcer la place du rail dans les déplacements nationaux. Parmi eux figure l’extension de la ligne à grande vitesse de Kénitra à Marrakech, projet qui doit profondément modifier les temps de parcours entre plusieurs grandes villes du Royaume.
La future ligne, longue d’environ 430 kilomètres, doit notamment permettre de réduire les temps de trajet entre Tanger, Rabat, Casablanca et Marrakech. Les prévisions communiquées par les autorités font état d’un parcours Tanger-Marrakech ramené à environ 2 h 40.
La grande vitesse au service d’un réseau plus intégré
Le développement du réseau ne se limite pas à la grande vitesse. Le Maroc cherche également à construire une offre ferroviaire davantage articulée autour des besoins quotidiens des populations.
Les futurs services de type RER doivent ainsi renforcer les connexions entre les centres urbains, leurs périphéries et les principaux pôles économiques. Le développement de réseaux de transport métropolitain est notamment prévu dans les agglomérations de Casablanca, Rabat et Marrakech.
Cette approche vise à faire du ferroviaire un élément structurant de la mobilité nationale, en complément des réseaux routiers et des autres moyens de transport collectif.
Un investissement stratégique à l’approche de 2030
L’échéance de 2030 constitue un accélérateur important de cette transformation. Le Maroc se prépare notamment à accueillir, avec l’Espagne et le Portugal, la Coupe du monde de football 2030. L’augmentation des capacités ferroviaires doit permettre d’accompagner les déplacements supplémentaires générés par les grands événements internationaux, mais aussi de répondre à une demande appelée à progresser durablement.
Le programme ferroviaire s'inscrit dans un investissement global beaucoup plus vaste. Outre les 29 milliards de dirhams consacrés aux 168 trains, le programme prévoit notamment des investissements pour les infrastructures et le maintien de la performance du réseau. Le projet de LGV Kénitra-Marrakech représente à lui seul une enveloppe de 53 milliards de dirhams hors matériel roulant.
Un levier industriel et économique
Au-delà des enjeux de transport, cette commande constitue également un projet industriel. L’ONCF indique que l’attribution des marchés est intervenue à l’issue d’un processus concurrentiel mené sous la forme d’un dialogue compétitif avec plusieurs grands acteurs internationaux du ferroviaire.
La présence de partenaires français, espagnols et sud-coréens traduit par ailleurs l’ouverture du programme marocain aux différents pôles mondiaux de l’industrie ferroviaire. Elle accompagne également la montée en puissance de l’écosystème ferroviaire marocain, appelé à jouer un rôle croissant dans la maintenance, la production de composants et les services associés.
Vers une nouvelle carte de la mobilité au Maroc
Avec ces 168 trains, le Maroc ne cherche donc pas uniquement à disposer d’un parc plus moderne. Il prépare une évolution plus profonde de son modèle de mobilité.
La grande vitesse doit rapprocher les principaux pôles économiques et touristiques, les trains Intervilles renforceront les liaisons classiques, tandis que les services régionaux et métropolitains doivent répondre aux besoins de déplacements quotidiens. L’objectif est de construire progressivement un réseau plus capacitaire, plus intégré et mieux adapté à la croissance démographique et économique des grandes agglomérations.
À l’horizon 2030, le ferroviaire devrait ainsi occuper une place encore plus centrale dans la stratégie de mobilité du Royaume. Le programme des 168 trains apparaît comme l’un des piliers de cette transformation, aux côtés de l’extension de la grande vitesse et du développement des réseaux métropolitains.
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