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Mondial 2030 : Jeux, paris et sport… va-t-on miser juste ?

Mondial 2030 : Jeux, paris et sport… va-t-on miser juste ?
Hier 20:22
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Alors que le Maroc ambitionne de faire de la prochaine décennie une vitrine mondiale de son dynamisme sportif – avec l'organisation conjointe de la Coupe du Monde 2030 – une question essentielle se pose : comment financer durablement le sport national ?
Au cœur de cette réflexion, un secteur encore trop peu exploré : celui des jeux et paris. Souvent perçu comme mal structuré et insuffisamment régulé, ce secteur reste largement en marge des réflexions stratégiques liées au financement du sport. Peut-on continuer à fermer les yeux sur cette opportunité alors qu’on s’apprête à accueillir l’un des plus grands événements sportifs de la planète ?

Un secteur fragmenté peut-il porter une vision ?

Quatre acteurs se partagent aujourd’hui le paysage des jeux d’argent au Maroc : la MDJS, la Loterie Nationale, la SOREC (pour les paris hippiques), et une myriade d’opérateurs digitaux internationaux. Côté opérateurs nationaux, chacun évolue en vase clos, sans coordination ni vision stratégique commune.
L’absence de coordination entre ces entités empêche toute politique cohérente alliant financement, développement du sport et souveraineté nationale. Peut-on raisonnablement espérer atteindre les objectifs de 2030 dans un cadre aussi désarticulé ?

Les opérateurs internationaux prennent l'avantage

Pendant que les structures nationales peinent à se coordonner, les plateformes internationales avancent à grands pas. Certaines sont allées jusqu'à sponsoriser des icônes du sport marocain, profitant d'un vide juridique persistant et du manque de réactivité des institutions locales.
Cette présence accrue des opérateurs étrangers pose un véritable problème de souveraineté. En l’absence d’une stratégie claire et d’un pilotage affirmé, le pays semble avoir progressivement perdu la main sur un secteur aussi sensible, au risque de voir les intérêts nationaux relégués au second plan.

Jeux et sport : un levier à structurer ?

Au-delà de la seule organisation du Mondial 2030, c’est la structuration durable du sport national qui est en jeu. Les efforts engagés ces dernières années méritent d’être consolidés dans la durée. Le sport marocain a besoin de ressources diversifiées et stables. Bien encadrés, les jeux peuvent devenir un levier stratégique de financement.
Il ne s’agit ni de moraliser, ni de banaliser, mais de canaliser cette activité vers l’intérêt général. Une réflexion autour d’une autorité nationale de régulation, intègre et moderne, s’impose plus que jamais.

Quelle gouvernance pour relever le défi ?

Au cœur de ce dispositif sportif, la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS) gère les paris sportifs au profit du Fonds National du Développement du Sport. Si le principe de redistribution est salutaire, sa mise en œuvre peine à évoluer.
Les chiffres sont bien publiés, mais rarement analysés dans leur portée stratégique. Selon les estimations des professionnels du secteur, les paris illégaux représenteraient un chiffre d’affaires estimé à 1,8 milliard de dirhams. En 2023, la MDJS a indiqué, par la voix de l’un de ses responsables, que cette situation se traduirait par une perte annuelle de près de 300 millions de dirhams pour le Fonds National du Développement du Sport – soit la moitié des recettes officielles versées par la MDJS à ce dernier (estimées à 600 millions de dirhams par an).
Ce manque à gagner structurel appelle une réponse ambitieuse, fondée sur une stratégie claire de lutte contre les circuits parallèles et d’optimisation des flux existants.

Un vent de changement… dynamique inachevée ? 

La Loterie Nationale et la SOREC ont récemment fait évoluer leur gouvernance à différents niveaux, dans une logique de renouvellement discret mais affirmé, sans doute guidée par une volonté de renforcer leur efficacité et d'avancer vers davantage d'utilité et d'impact.
La MDJS, dirigée depuis 2009 par Younes El Mechrafi, aujourd’hui à l'âge de la retraite, se retrouve aujourd’hui challengée sur plusieurs plans : évolution du marché, nouvelles attentes du secteur, pressions croissantes liées à l’innovation digitale et au financement du sport. Dans un tel contexte, certains observateurs s’interrogent sur les ajustements à envisager pour aligner sa gouvernance aux enjeux d’avenir.
Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, qui préside également le Conseil d’administration de la MDJS, semble vouloir accélérer plusieurs chantiers de transformation. Reste à savoir si cette dynamique inclura une évolution de la gouvernance au sein de l’établissement qu’il supervise.

De l’immobilisme à l’action

Le secteur des jeux n'est ni accessoire ni mineur. Il se situe au croisement de la souveraineté économique, de la responsabilité sociale et de l’ambition sportive.
La Coupe du Monde 2030 doit être bien plus qu’un projet d’infrastructure ou d’accueil : c’est une occasion historique de repenser nos leviers de financement et nos modes de gouvernance.
Le Maroc peut-il se permettre de rester figé là où l’enjeu exige agilité et vision ? Si les autres institutions se transforment, la MDJS suivra-t-elle le mouvement ?
 

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