Nuti Ivo au Maroc : une stratégie industrielle sous tension
Le groupe italien Nuti Ivo Group se retrouve aujourd’hui au cœur d’interrogations croissantes concernant sa stratégie au Maroc. Deux ans après avoir annoncé un ambitieux projet industriel, avec un investissement dépassant les 130 millions de dirhams dans une tannerie moderne, cet acteur toscan du cuir haut de gamme, désormais lié à LVMH, affiche une trajectoire difficile à décrypter, entre expansion annoncée et fragilisation de ses activités historiques dans le Royaume.
Au centre de cette situation figure sa filiale marocaine SHIHARA, installée dans la zone industrielle de Sidi Ghanem à Marrakech. Longtemps considérée comme un pilier de la présence du groupe dans le pays, l’entreprise traverse actuellement une crise profonde. Plusieurs fournisseurs évoquent des impayés atteignant plusieurs dizaines de millions de dirhams, révélant une dégradation notable de sa situation financière. Le placement en redressement judiciaire lui offre une protection temporaire contre ses créanciers, mais cette mesure apparaît davantage comme un sursis que comme une solution durable.
Cette situation soulève une question majeure : comment un groupe de cette envergure peut-il laisser sa filiale historique s’affaiblir tout en poursuivant, en parallèle, un projet industriel de grande ampleur ? Le futur site envisagé ambitionne de générer un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 300 millions de dirhams, avec une capacité de production quotidienne estimée à 11.500 peaux. L’activité serait largement tournée vers l’export, représentant plus de 90 % de la production, et devrait permettre la création de plus de 260 emplois directs.
L’incompréhension est renforcée par l’intégration récente du groupe au sein de LVMH, leader mondial du luxe, connu pour ses standards élevés en matière de gestion et de responsabilité financière. Le portefeuille du groupe comprend des marques emblématiques telles que Louis Vuitton, Dior, Moët & Chandon et Hennessy. Dans ce contexte, l’absence apparente d’un redressement préalable de la filiale marocaine interroge sur la cohérence globale de la stratégie adoptée.
Avant ces difficultés, SHIHARA affichait pourtant des performances solides, avec un chiffre d’affaires dépassant les 109 millions de dirhams, principalement à l’export vers des marchés clés comme Italie, Chine et Thaïlande. De son côté, Nuti Ivo Group revendique un chiffre d’affaires consolidé supérieur à 150 millions d’euros et emploie plus de 300 collaborateurs, confirmant son statut d’acteur majeur du tannage de cuir haut de gamme en Europe.
Ainsi, la situation actuelle met en lumière un paradoxe difficile à ignorer. Entre ambitions industrielles renouvelées et fragilisation d’un actif existant, la stratégie du groupe au Maroc oscille entre continité et rupture. Une clarification apparaît désormais nécessaire, tant pour les partenaires économiques locaux que pour les autorités, qui avaient accueilli favorablement ces investissements porteurs de valeur ajoutée et d’emplois.
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