Crise de confiance : les marocains tournent le dos aux promesses électorales
Une récente étude réalisée par l’association « Les Citoyens » dans les douze régions du Royaume met en lumière une crise de confiance particulièrement profonde entre les citoyens marocains et leurs représentants politiques. Basée sur les réponses de 2.992 personnes interrogées entre janvier et avril 2026, l’enquête dresse un constat préoccupant, même si ses auteurs précisent que l’échantillon n’est pas strictement représentatif de l’ensemble du corps électoral.
Composé majoritairement de citoyens urbains, diplômés et relativement engagés dans les affaires publiques, ce panel révèle néanmoins une tendance lourde : la défiance est particulièrement forte au sein des catégories habituellement considérées comme les plus impliquées dans la vie démocratique.
Une confiance électorale en net recul
L’un des principaux paradoxes relevés par l’étude est le suivant : si 66,6 % des personnes interrogées estiment que voter constitue un devoir civique important, seules 13,6 % jugent crédibles les résultats des dernières élections. À l’inverse, plus de la moitié des répondants attribuent les notes les plus faibles à cette crédibilité.
Cette méfiance dépasse largement le cadre électoral. Les institutions publiques ne recueillent une opinion positive que chez 8,3 % des sondés, tandis que 66,1 % leur attribuent une évaluation négative. La perception de la place accordée aux jeunes dans la vie politique est encore plus critique : 86,7 % la jugent faible ou très faible, contre seulement 2,2 % qui la considèrent satisfaisante.
Un participant cité dans le rapport résume ce sentiment général en affirmant que « les élections sont formelles et le véritable pouvoir ne passe pas par les urnes ».
Une rupture marquée entre citoyens et partis
L’enquête met également en évidence une distance importante entre les partis politiques et la population. Près de 80 % des personnes interrogées déclarent n’avoir aucun lien avec un parti politique. Les contacts directs ou hybrides restent marginaux.
Le jugement porté sur l’action des formations politiques est particulièrement sévère : plus de 88 % estiment que les partis ne prennent pas réellement en compte les préoccupations des citoyens, et 90,4 % considèrent que les élus ne respectent pas leurs engagements électoraux. Les stratégies de communication des partis sont également jugées très faibles par une large majorité des répondants.
Une participation politique transformée, mais pas disparue
Contrairement à l’idée d’un désengagement total, l’étude parle plutôt d’un « désengagement critique ». Les citoyens continuent de s’informer et de suivre l’actualité politique, mais privilégient désormais massivement les réseaux sociaux, cités par 74 % des répondants comme principale source d’information.
Les médias traditionnels apparaissent très loin derrière : la presse écrite ou numérique atteint 13,6 %, la télévision 3,4 % et la radio à peine 0,4 %.
Une abstention en progression et un électorat fragmenté
Sur le plan électoral, les données révèlent une participation fragilisée. Un peu plus de la moitié des personnes interrogées sont inscrites sur les listes électorales, tandis que près de 39 % ne le sont pas et que certaines ignorent même leur situation administrative.
Concernant les élections de 2021, une part importante des citoyens éligibles affirme avoir boycotté volontairement le scrutin. Pour les prochaines échéances, les intentions de vote restent divisées : une minorité se dit certaine d’aller voter, tandis qu’une proportion significative exprime un refus ou une indécision.
Plus inquiétant encore, près d’un quart des sondés déclarent qu’aucune mesure ne pourrait les inciter à participer, ce que le rapport qualifie de « noyau dur de l’abstention ».
Une défiance enracinée dans le manque de confiance
Les raisons de cette abstention sont largement liées à la perte de confiance. Les non-inscrits évoquent principalement le manque de crédibilité des institutions, tandis que d’autres estiment que leur vote n’a pas d’impact réel. Le sentiment d’une offre politique déconnectée des attentes des citoyens revient également de manière récurrente.
Une jeunesse critique mais mobilisable
L’étude met cependant en lumière un élément contrasté : les jeunes de 18 à 24 ans apparaissent comme la catégorie la plus disposée à voter. Près de la moitié d’entre eux expriment une intention positive de participation. Les femmes affichent également une volonté de vote légèrement supérieure à celle des hommes.
Mais cette même jeunesse se montre particulièrement critique envers la classe politique et la place qui lui est accordée dans les processus de décision.
Des pistes pour restaurer la confiance
Face à ce diagnostic, les citoyens interrogés identifient plusieurs leviers possibles : garantir l’intégrité des élections, améliorer la transparence, renforcer la communication politique, ouvrir davantage les listes aux jeunes candidats et mieux informer sur le processus électoral.
Pour l’association « Les Citoyens », les élections de 2026 représentent un tournant décisif. Sans réforme visible et crédible, préviennent les auteurs, la défiance pourrait s’installer durablement et fragiliser davantage la participation démocratique.
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