Ouverture du capital des officines : les pharmaciens montent au créneau
Le débat autour de l’avenir des pharmacies au Maroc prend une nouvelle ampleur. La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), présidée par Mohamed Lhababi, a appelé à un sit-in prévu le 9 avril devant le Conseil de la concurrence. Au cœur de la mobilisation : un avis recommandant l’ouverture du capital des officines à des investisseurs privés.
Derrière cette confrontation se dessine une question fondamentale : comment concilier les impératifs économiques avec les exigences éthiques et sanitaires qui régissent la profession pharmaceutique ?
Un modèle professionnel en question
Pour la CSPM, l’enjeu dépasse largement une simple réforme administrative. Il s’agit, selon son président, de préserver l’indépendance du pharmacien et la spécificité de son rôle dans le système de santé. Aujourd’hui, le pharmacien est à la fois propriétaire et responsable de son officine, une configuration qui garantit, selon les professionnels, une prise de décision centrée sur le patient plutôt que sur la rentabilité.
L’ouverture du capital pourrait, à terme, introduire une logique purement commerciale dans un secteur historiquement encadré par des règles déontologiques strictes. Les syndicats craignent ainsi un basculement vers un modèle où les impératifs financiers primeraient sur la mission de santé publique.
Une gouvernance critiquée
Au-delà de la question du capital, cette mobilisation met en lumière un malaise plus profond lié à la gestion du secteur. Après plusieurs années de discussions avec le ministère de la Santé, aucune réforme structurante n’a abouti. Ce manque de décisions est pointé du doigt par les représentants de la profession, qui dénoncent une forme d’immobilisme institutionnel.
Selon eux, cette absence de vision claire a contribué à fragiliser économiquement les officines, ouvrant la voie à des propositions de réforme jugées abruptes et insuffisamment concertées.
Une comparaison contesté
Certains défenseurs de l’ouverture du capital évoquent l’exemple du secteur de l’éducation, où l’investissement privé a permis une expansion rapide de l’offre. Une comparaison rejetée par la CSPM, qui rappelle que la pharmacie relève avant tout d’un service de santé de proximité.
Contrairement à l’éducation, expliquent les professionnels, la relation entre le pharmacien et le patient repose sur une responsabilité directe et quotidienne. L’introduction d’investisseurs pourrait, selon eux, altérer cet équilibre en introduisant des objectifs de rentabilité incompatibles avec certaines exigences sanitaires.
Des alternatives proposée
Pour autant, les pharmaciens ne s’opposent pas à toute évolution. La CSPM plaide pour une réforme du modèle économique, inspirée de pratiques internationales. L’idée principale consiste à diversifier les sources de revenus des officines, en intégrant des missions rémunérées telles que la vaccination ou le conseil pharmaceutique.
Ce modèle mixte permettrait, selon ses défenseurs, de renforcer la viabilité économique des pharmacies tout en consolidant leur rôle dans le parcours de soins.
Un débat aux enjeux stratégiques
Aujourd’hui, ce sont plus de 14 000 officines à travers le Royaume qui se sentent concernées par cette réforme. Face aux arguments du Conseil de la concurrence, qui met en avant l’amélioration de l’accès aux soins et l’efficacité économique, les pharmaciens appellent à une approche plus équilibrée.
Au-delà des intérêts corporatistes, le débat soulève une question essentielle : quel modèle de régulation pour le système de santé marocain ? Entre logique de marché et impératif de santé publique, l’avenir de la pharmacie au Maroc se joue aujourd’hui dans un équilibre délicat.
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